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Chapitre 1
— C’est une blague ?
La phrase résonne dans la pièce, contrastant avec le silence régnant habituellement dans la batcave. Bruce, assis devant l’ordinateur, se tourne lentement vers celui qu’il n’a pas entendu arriver. En quelques enjambées, il se retrouve face à celui qu’il pensait loin d’ici.
— Dick…
— Non, non, non, tu te fiches de moi ?
Le regard du plus vieux s’assombrit lentement tandis que Dick s’éloigne pour faire les cent pas.
— Jason est en vie. Parce que lui, là, lâche-t-il en pointant l’écran du doigt.
Les yeux de Dick s’embuent, légèrement. Sur l’écran, la caméra embarquée de Batman diffuse la vidéo de son combat avec Red Hood. Plusieurs semaines les séparent de ce moment.
— On est d’accord que c’est Jason ?
Bruce ne répond pas, laissant Dick trouver la réponse dans son silence. Le visage de ce dernier se décompose, observant à l’écran le visage si connu de celui qu’il ne reconnaît plus.
— Tu le retrouves et toi… Tout ce que tu trouves à faire c’est lui éclater la tronche dans un mur ?
— Dick…
— Arrête. T’as pas d’excuse pour ça. Aucune.
— Il voulait que je tue, Dick, s’emporte Bruce. Que je me débarrasse du Joker.
— Et tu le blâmes ? Le Joker l’a tué Bruce. Et il tue et tue et tue encore et encore. Rien n’arrêtera ce type, jamais.
— On ne tue pas, Dick.
— Tu l’as décidé. Et je suis d’accord avec toi. Mais Jason…
Les poings serrés, Dick s’éloigne et explose.
— Jason est mort. Assassiné par le Joker. Tu ne peux pas le blâmer de vouloir sa mort. Tu ne peux pas utiliser la violence pour lui faire comprendre ça.
— J’ai essayé de lui parler, lance le chevalier noir en se levant. J’ai essayé de le raisonner, de lui dire qu’on pouvait appeler la police. Il est devenu incontrôlable.
— Hors de ton contrôle, tu veux dire, ricane jaunement le plus jeune.
— Qu’est-ce que tu insinues… ?
Le regard de Dick s’assombrit alors qu’il vient planter son doigt dans la poitrine de son père d’adoption.
— Tu as embarqué Babs dans cette histoire, alors qu’elle n’était qu’une ado pas formée et qui aurait pu en mourir. Tu m’as adopté et tu as fini par me former, par me modeler à ton image pour quoi ? Que je ne sombre pas dans la spirale de vengeance que tu as subie ? Spoiler Alert Bruce, on n’éduque pas un enfant en le formant à être une arme.
— C’est un criminel maintenant, Dick…
— Je te l’ai dit, je te l’ai balancé à la figure quand j’ai abandonné le rôle de Robin. Et la première chose que tu as fait quand tu as croisé un môme, c’est de l’embarquer chez toi pour lui coller un costume sur le dos. Encore.
— Dick, souffle une troisième voix.
— Tu l’as forgé à être une arme. Encore. Tu l’as laissé devenir ce Robin explosif qui n'hésite jamais à être violent. Et tu l’as poussé à sa mort. C’est à cause de toi qu’il est mort.
— Dick !
Tim s’interpose entre eux, pose une main sur l’épaule de son frère pour le faire reculer tandis que Bruce encaisse sans un mot. Il ne craint pas que Dick débute une bagarre, il le connaît suffisamment pour savoir que ce dernier ne le fera que si Bruce le pousse à bout.
— Ça suffit.
La tension ne redescend pas, Dick fusille Bruce du regard et ce dernier ne baisse pas la tête. Il finit simplement par se détourner, retournant s'asseoir à son bureau.
— C’est tout ce que tu as à dire ?
— Dick, arrête. Allez on y va.
D’un bras, Tim pousse gentiment son frère vers l’ascenseur. Dick résiste légèrement mais se laisse faire. Lorsque les portes se referment sur eux, Tim soupire lourdement.
— Ce n’était pas nécessaire.
— Tu as vu ça Tim, tu l’as vu comme moi !
— Je sais, soupire-t-il lourdement.
— Je sais pas comment tu fais pour rester aussi… Stoïque.
Un silence s’installe, juste le temps d’un instant. Tim détourne la tête, ses doigts tapotant sur son jean. Il ne faut qu’une seconde à Dick pour comprendre, pour se rendre compte que son cadet n’a pas l’air plus secoué que lui.
— Tu savais.
— Je suis désolé Dick je… Je savais pas comment te le dire.
Il déglutit, inquiet de la réaction que pourrait avoir le plus vieux. Dick pose finalement une main sur son épaule, l’air inquiet.
— Est-ce que tu vas bien ? souffle-t-il en exerçant une légère pression.
— Ouais, je suis content que Jason soit en vie. Mais je m’inquiète de ce que ça fait à Bruce, avoue-t-il en se passant une main sur la nuque.
Dick hoche légèrement la tête, une ride soucieuse glissant sur son front.
— Il a besoin d’aide.
— Oh tu crois ? lance Tim d’un air sarcastique.
Un sourire triste étire les lèvres de Dick alors que l’ascenseur s’immobilise.
— Il a besoin de voir un psy.
— On a tous besoin de voir un psy, mais c’est tellement plus simple de tout masquer pour aller jouer les super-héros la nuit.
— Tim…
— Eh, t’es pas mieux tu sais. T’as perdu tes parents et tout ce que t’as appris après ça c’est à canaliser ta rancœur et ta haine pour chasser les méchants.
— Oui enfin de là à te mettre K.O parce que t’as pas le même avis que moi…
— Maître Tim, Maître Dick… Je ne savais pas que vous veniez ce soir. Resterez-vous pour le dîner ?
— Non Alfred, désolé. J’ai mon compte de Bruce pour un moment.
Une ombre déçue file à travers le visage du majordome. Après une étreinte avec le vieil homme, Dick s’excuse une dernière fois et quitte le manoir, laissant Tim pensif.
— Vous pensez que les choses s’arrangeront, Alfred ?
— Je pense que tout est possible si on s’en donne les moyens, Maître Tim.
