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Dans la nuit, nous veillons.

Summary:

Cette histoire n’est pas une histoire héroïque faite de dragons, de loups, de chevaliers ou de grandes batailles.

C’est une histoire de famille. Un récit qui se déroule bien avant l’arrivée du roi Robert, avant que Sansa ne revienne dans le temps et ne change le cours des événements, avant que le monde ne sombre dans la guerre et la terreur.

C’est l'histoire d’une maison qui aurait dû disparaître.

À seulement neuf ans, Almina Montfort se retrouve à la tête d’une famille ruinée. Son frère aîné a fui vers le Sud, laissant derrière lui des dettes considérables et une maison au bord de l’extinction. Les années passent. Almina refuse de vendre ses terres, s’accroche à ce qu’il lui reste et tente, malgré son jeune âge, de maintenir les Montfort en vie.

Mais le destin n’est pas toujours celui que l’on croit.

Dans une autre vie, les Montfort se seraient éteints avant même que le roi Robert n’arrive à Winterfell.

Mais cette fois, leur histoire ne sera pas écrite de la même manière.

Cette fois, ils auront une chance de survivre.

Notes:

Ceci est un one-shot issu de ma fanfiction principale. Il se déroulera en trois parties et peut se lire indépendamment.

Chapter Text

De cendre.

L’histoire que je vais vous conter ne parle pas de grandes batailles, de héros ou de légendes. Il n’y aura ni dragons, ni loups géants, ni monstres terrifiants. Seulement la déchéance d’une famille, ses tourments, sa chute. Ce récit ne concerne que le courage né de la résilience, l’espoir d’une vie meilleure pour les humbles de ce monde.

Au loin, dans les terres du Nord, situées dans leur partie la plus septentrionale, près de Long Lake, se trouve un domaine nommé LastLake. Cette maison et ses terres appartiennent à une maison mineure du Nord : les Montfort.

Cette maison trouve ses origines dès l’arrivée des Premiers Hommes, mais, contrairement à certaines grandes familles telles que les Stark, les Bolton ou encore les Omble, elle ne s’éleva pas comme ses congénères célèbres. Cette famille vécut bien des épreuves au rythme des vents de l’hiver, mais elle resta à jamais fidèle à sa région et à ses dirigeants. Les Montfort faisaient partie, il y a bien longtemps, de ces familles guerrières respectées et admirées. Cependant, durant les dernières décennies de cette ère, les guerres successives et les mauvais choix de ses dirigeants la firent sombrer peu à peu dans l’oubli. Et ce, jusqu’à sa chute. C’est à ce moment que commence mon histoire.

La rébellion de Balon Greyjoy emporta le regretté seigneur Montfort, qui laissa derrière lui trois enfants : un fils aîné, Jasper, une fillette, Almina, et une benjamine, Lara. Mais, plus que tout, il laissa à sa femme et à ses enfants une situation financière désastreuse, telle que la ruine ne tarderait pas si les choses ne changeaient pas. Ainsi, à la mort du père, les espoirs de jours meilleurs se posèrent sur les épaules de l’héritier de la maison. Mais Jasper était un jeune homme inconséquent et incompétent. Aussi, fier de son nouveau statut, il prit la direction de sa famille et de ses gens, mais il dépensa rapidement ce qui restait de la fortune familiale. La dame de Lastlake, encore affaiblie par son dernier accouchement, ne trouva pas le courage de s’élever contre les folies dépensières de son fils. Seule la petite Almina vit ce qui semblait être une lente descente vers l'abîme. C’est dans ce contexte précaire qu’évolua l’aînée des filles, pendant quelques années. À mesure que l'argent venait à manquer, le mestre quitta le domaine, achevant l’apprentissage d’Almina à l’écriture et aux chiffres. Mais ce que la jeune fille aurait dû savoir d’autre, comme la politique, la géographie détaillée de Westeros, l’ensemble de ses grandes maisons, son histoire et encore de nombreuses autres connaissances, ne fut plus à sa portée. Et c’est ainsi qu’Almina se concentra sur la seule certitude qui lui restait, une qu’elle connaissait depuis l’âge de quatre ans : l'art de la guerre. Parer, attaquer, défendre devinrent les nouveaux dogmes d’Almina. Car tel était son nouveau devoir. Car tel était l’apprentissage à sa portée.

Mais voilà, un matin, tout bascula. La fillette, âgée alors de neuf ans, se leva, s’habilla de sa petite robe rapiécée et s’avança vers la salle à manger commune que possédait sa maison. À mesure qu’elle s’approchait de la pièce, le couloir se faisait de plus en plus restreint du fait de la présence de plus en plus nombreuse de ses gens. Les regards et les silences que la jeune fille recevait à mesure de sa progression lui enserraient la gorge de terreur. Qu’avait donc encore fait son frère ?

Elle pénétra dans la pièce et vit Yorick, son mentor, l’appui sur lequel sa famille se reposait. Le regard qu’ils échangèrent glaça la jeune fille. Almina détourna les yeux pour observer la salle remplie d'hommes et de femmes de sa maisonnée. Les mains tremblantes, elle n’osait dire un mot de peur. Tous détournèrent le regard, alors elle le posa sur la table d’honneur utilisée par sa famille pour se restaurer. Almina s’approcha et sa respiration se coupa à la vue du vide sur la chaise seigneuriale. Elle tendit la main, terrifiée, vers la lettre posée négligemment au centre. Elle savait, sans l’ouvrir, ce qu’elle contenait.

Almina reprit sa respiration, puis décacheta la missive. Les mots qu’elle lisait avec difficulté lui brisèrent le cœur. Elle ne put retenir un sanglot de douleur et de peur face à la certitude de la situation. Son frère les avait abandonnés : sa mère, ses sœurs, ses gens.

- « Que se passe-t-il ? »

Almina se tourna vers sa mère, qui, affaiblie et le teint pâle, s’avança en frissonnant de froid, tenant Lara par la main. Les larmes aux yeux, la jeune fille lui montra la lettre.

- « Il est parti. Jasper nous a laissés. »

Elle se détourna en fermant les yeux, refusant de voir le chagrin de sa mère alors qu’elle l’entendait sombrer.

- « Il ne se peut. Ton frère n’aurait jamais… »

- Almina coupa court aux excuses de la dame de Lastlake ; cela n’avait que trop duré. « Pourtant, il l’a fait. Jasper est parti, et que les dieux le punissent de sa lâcheté  »

- Choquée par la colère de sa fille, la mère de famille réagit : « Almina. »

La jeune fille se détourna et regarda ses hommes.

- « A-t-il pris quelque chose ? »

Le palefrenier s’avança.

- « Il manque un cheval, demoiselle Montfort. Le seul étalon qui nous restait. »

Almina serra les poings, faisant craquer et blanchir ses articulations ; elle tourna son regard suppliant vers Yorick, l’implorant de lui indiquer le chemin à suivre. L’homme, qui approchait de la trentaine, regarda les autres membres de la maisonnée.

- « Que chacun retourne à ses occupations. »

- « Mais… »

- « Maintenant, tout le monde dehors ! »

Almina se tourna vers son mentor qui attendait qu’il ne reste que les membres de la famille Montfort. Une fois qu'il ne resta plus qu’eux quatre, le capitaine se tourna vers la dame des lieux.

- « Vérifiez les comptes du domaine, ma dame. Il faut savoir ce qui reste. »

Almina observa l’incompréhension peinte sur le visage de sa mère. De peur, la jeune fille baissa la tête, pleurant. Les dieux les avaient-ils abandonnés ? Il n’y avait nul mouvement dans la pièce, nul bruit hormis les respirations. Almina entendait les saccades de son propre souffle. Elle se tourna vers sa mère qui observait Lara, puis déplaçait son regard sur elle, puis sur Yorick. La dame de Lastlake resta ainsi perdue, incapable de bouger. Devant l’inaction de la châtelaine, Almina sentit la peur se muer en détermination ; elle sut ce qui lui restait à faire. Elle se redressa et partit en direction du bureau seigneurial.

- « Almina, où vas-tu ? »

Mais la jeune fille ne répondit rien. Les serviteurs, qui se trouvaient dans le couloir, se taisaient à mesure qu’elle avançait. Arrivée devant la porte, Almina ne frappa pas ; elle abaissa la poignée, sentant malgré elle le poids des responsabilités commencer à peser sur ses épaules.

Sur le bureau se trouvait, négligemment posé, un trousseau de clés. La jeune fille les prit, frissonnant au contact du fer froid, puis s’avança vers le coffre familial. Là trônait, solitaire, une bourse de tissu affaissée par le manque de contenu. Almina, la main tremblante, la prit et, sans l’ouvrir, sut en la soupesant que seul le poids de la déception l’attendait. Elle regarda et compta : il n’y avait que quelques cerfs d’argent et des étoiles de cuivre. La jeune fille sentit la tristesse et l’angoisse se muer en rage. Avec rancœur, elle jeta la bourse sur la table et poussa un cri exprimant sa douleur et sa colère. Du coin de l’œil, elle perçut du mouvement ; elle se tourna alors en direction de la porte et perçut le regard inquiet de Yorick et celui, sidéré, de sa mère, qui secouait la tête, ne souhaitant pas comprendre l’atroce réalité.

Almina se détourna et s’appuya sur la table pour se soutenir. Elle laissa alors libre cours à ses émotions. Il n’y avait plus rien. La maison Montfort venait de chuter.

Le temps sembla se suspendre au-dessus de Lastlake. Refusant de pleurer, elle essuya ses larmes d'un revers de la main et vit Yorick s’approcher du bureau, prendre la bourse et l’ouvrir. Il souffla et se tourna vers elle.

- Almina haussa, découragée, les épaules. « Je ne sais pas comment nous allons payer les taxes, ni nos gens. » À peine eut-elle exprimé ses craintes qu’elle sembla enfin comprendre la gravité de la situation.

Submergée, la jeune fille se laissa tomber au sol et jeta un coup d’œil à sa mère et à sa petite sœur. Almina laissa son regard danser sur Lara, qui lui souriait, ne comprenant pas la catastrophe qui venait de s'abattre sur eux. Mais la cadette perdit son sourire face au visage sérieux de son aînée. La jeune fille vit les traits de Lara se muer en tristesse, et la petite fille s'agrippa plus fortement à sa mère. 

Devant la scène de désolation que représentaient ses deux parentes, Almina sentit son cœur se comprimer. Le silence de la pièce était pesant et donnait des frissons d'angoisse à la demoiselle Montfort. Mais, Almina se refusait à ce destin : "Non, il n’en est pas question." La jeune fille ne pouvait accepter que l’incompétence de son frère enlève toute joie à sa mère et à sa sœur. Elle porta son regard au-delà de la dame du château et vit les visages inquiets des serviteurs. Ils jetaient des regards anxieux sur la seigneuresse des lieux. Mais Almina sut, en cet instant, que sa mère était dépassée depuis longtemps par la situation. Il n’y avait plus de choix s’ils ne voulaient pas mourir de faim. Résolue, Almina se redressa et fixa la bourse. Son frère était parti avec le peu de fortune qu'il leur restait, mais la demeure, les terres, le nom, eux, resteraient. Almina était une Montfort, elle ne faillirait pas à son devoir. Déterminée, elle se plaça derrière le bureau et s’assit lentement sur la chaise seigneuriale.

- « Mère, voyez avec les cuisines qu’ils rationnent encore plus les plats. Et faites passer le mot à nos gens que je leur parlerai avant le déjeuner. »

- La dame Montfort s’avança, surprise : « Almina ? »

- « Lara a faim, mère, occupez-vous d’elle. Je vais prendre le relais. Je vais gérer cette situation. Je suis une Montfort, ce domaine et ses terres sont désormais miens. »

- « Mais ton frère ? »

- De rage, Almina apostropha sa mère : « Ne me parlez plus de ce butor, mère. »

Almina regarda la dame de Lastlake dans les yeux, lui montrant l’entièreté de son ressentiment. Comme elle s’y attendait, sa mère détourna le regard. Elle était une femme douce et bienveillante, mais elle n’avait jamais été capable de prendre la moindre décision. Avant son frère, c’était son père qui faisait tout. Maintenant, Almina savait que toutes les responsabilités du titre seigneurial lui incombaient.

- « Je vais m’occuper de Lara, mais je vais revenir, Almina. »

La jeune fille hocha la tête, puis tourna son regard vers Yorick qui était encore présent et attendait d’avoir son attention. Il s’avança et dit :

- « Que veux-tu que je fasse ? »

Une simple question, mais qui représentait beaucoup pour elle.

- « Fais le tour de la propriété et repère ce qui est le plus urgent à dépenser. Demande au cuisinier dans quel état sont nos réserves. Prends des hommes avec toi et rapporte un peu de gibier, cela, nous l’avons encore. »

Almina se détourna, puis prit son courage à deux mains et ouvrit les livres de comptes. Elle sentit sur elle le regard de Yorick, aussi releva-t-elle la tête. Mais l’homme en face d’elle ne faisait que l’observer en silence. Almina fronça les sourcils devant son inaction ; elle allait le questionner, mais il la devança. Ainsi, brusquement, il lui fit un signe de tête avec déférence.

- « Bien, min drottning. »

Almina resta figée par ses mots. « Ma seigneuresse », c’est ainsi que le capitaine venait de l’appeler, dans l'ancienne langue du Nord. La jeune fille prit une respiration tremblante, ressentant l’importance d’un tel titre. Elle s’en montrerait digne, elle se le jura, et cela commençait dès à présent.

Almina passa ainsi une grande partie de la matinée à déchiffrer les registres. Bien qu'elle sache lire, écrire et compter, la tâche ne se fit pas avec fluidité. La demoiselle avait plus d'affinité avec les armes qu'avec l'encre et le papier. Heureusement pour elle, sa mère vint un moment la rejoindre pour l’aider, mais il fallait aussi s’occuper de Lara. Cependant, au bout d'un moment, la dame, dépassée par les événements, ses nerfs finirent par avoir raison de sa santé. Almina demanda alors à deux servantes d’aider sa mère à retourner dans ses appartements pour se reposer. Une fois la châtelaine prise en charge, la jeune fille jeta un coup d’œil à sa petite sœur qui attendait en silence dans un coin de la pièce.

- « Sois sage, Lara, je viendrai jouer avec toi quand j’en aurai le temps. Mais en attendant, tu dois être bien sage, est-ce que tu comprends ? »

La jeune fille vit sa cadette hocher la tête, mais Almina savait qu’elle devrait trouver une solution sur le long terme, car Lara ne resterait pas ainsi, calmement, longtemps. Au bout d’un moment, ce qu’Almina redoutait arriva : Lara vint la déranger. Et l’aînée se montra plus virulente qu’elle ne l’aurait souhaité. Aussi, devant les larmes de tristesse de sa sœur, Almina se leva et s’accroupit au sol pour la prendre dans ses bras.

- « Désolée, Lara. Je suis vraiment désolée. » Elle lui caressa les cheveux, puis, une fois sûre que sa sœur était apaisée, Almina se redressa et lui tendit la main. « Viens. » Elle enserra délicatement les doigts de Lara dans sa main et ouvrit la porte. Elle parcourut rapidement les couloirs à la recherche de serviteurs.

En passant devant une fenêtre, elle vit une scène se jouer qui lui comprima le cœur : certains de ses hommes et femmes, les baluchons sur l’épaule, s’apprêtaient à partir. Tristement, la jeune fille se détourna et reporta son attention sur sa sœur. Elle trouva heureusement une jeune domestique à qui elle confia Lara.

- « Tu vas rester avec Igrid, Lara, d’accord ? J’ai du travail. Puis, ensuite, je viendrai te chercher. » Almina regarda la servante. « Si vous envisagez de partir, je comprendrais. Mais pouvez-vous reporter votre départ, juste le temps de vous occuper de Lara ? »

- « Je comprends, demoiselle Montfort. »

- « Merci. »

La domestique partit avec sa petite sœur vers la chambre de cette dernière. Quant à Almina, elle regarda certains de ses gens la quitter. Et que pouvait-elle faire, au juste, contre cela ? Elle n’avait pas d’argent pour les payer. La jeune fille détourna le regard et observa une sculpture qui servait de décoration dans le couloir. "Quelle est son utilité ? " Voilà la question que se posait Almina en fixant l’élément de décoration. La jeune fille laissa ses yeux parcourir les murs et le sol du couloir : tableaux, tapisseries murales, chandeliers, statues à chaque angle. Tant d’éléments d’ornement qui ne servaient à rien, si ce n’est à prendre la poussière et à lui rappeler une ancienne époque. Almina jeta un coup d’œil par la fenêtre, voyant ses serviteurs partir. Elle avait besoin d’un plan. Alors, elle se détourna de ce drame et reporta son attention sur la sculpture ; à mesure qu’Almina regardait l’élément de décoration, une idée germa. Ce n’était pas une solution sur le long terme, mais cela pourrait leur donner le temps nécessaire pour se reconstruire. Déterminée, Almina partit en direction de la chambre de son frère, la première pièce à laquelle elle s’attaquait. Tout devait disparaître, comme si son lâche de frère n’avait jamais existé. Là, elle ouvrit rageusement chaque tiroir, placard, coffre, et prit tout ce qui pourrait contenir la moindre valeur. D’un pas décidé, elle prit entre ses bras la lampe, les chandeliers, les décorations, les meubles qu’elle pouvait porter et les mit dans la cour. Almina entassa ainsi tout ce qui avait la moindre valeur en provenance de la chambre de son frère. Elle passa ainsi son temps sous le regard sidéré des hommes et des femmes de la maison. Dès qu’elle aurait fini, la jeune fille planifia d’en faire de même avec l’ensemble du château. Tout ce qui pourrait être vendu le serait. Le strict minimum resterait ; plus besoin de confort lorsque la survie de sa maison, et plus particulièrement celle de ses gens, était en jeu.

Finalement, un vieux serviteur s'avança. 

- « Ma demoiselle ? » Il attendit que la jeune fille relevât la tête avant de poursuivre : « Puis-je vous aider ? »

- Almina se redressa tout en époussetant ses mains, puis acquiesça. « Oui, il y a dans la chambre de mon... » Almina s'arrêta, essayant de retrouver ses mots. À la simple mention de son aîné, la colère en elle explosa. Aussi prit-elle le temps de souffler, puis elle continua : « Il y a, dans la chambre de ce mécréant, une commode en bois sculpté. Pouvez-vous la porter jusque dans la cour et la placer avec les autres objets que j'ai déjà entassés, je vous prie ? » 

Le vieil homme partit en claudiquant vers le donjon, suivi par la jeune fille. Après un temps, Yorick pénétra dans la cour et regarda Almina en sueur et les meubles entassés. La jeune fille le vit descendre de cheval et s’avancer vers elle. Il fit un signe vers le tas de meubles et de décorations, l’interrogeant silencieusement.

- Almina se redressa, le front en sueur, les bras tremblants d’efforts. Elle regarda les hommes et leur dit : « Prenez une charrette et entassez le plus possible dedans ; nous allons les vendre. Yorick, suivez-moi, nous devons parler. »

La conversation accabla plus Almina qu’elle ne la rassura. Son capitaine ne lui cacha pas la triste vérité sur l’état des terres, des réserves et sur les besoins urgents du domaine. Almina serra sa robe entre ses mains, essayant de les faire cesser de trembler.

- « Je vois. » Elle se mordit la lèvre inférieure, puis reprit : « Il est l’heure du déjeuner, mes gens doivent m’attendre. »

Almina progressa à travers les couloirs, suivie par Yorick qui la talonnait. Elle s’avança alors jusqu’à la cour, la salle de réception n’étant pas assez grande pour une telle assemblée. Là, elle attendit, le dos droit, que tous les membres de sa maisonnée se rassemblent. Almina contempla la foule devant elle, puis la balaya du regard. Soudain, elle perçut les yeux de certains se porter plus loin, derrière elle. Sa mère, les traits tirés, arriva, tenant Lara par la main. Almina attendit que ses deux parentes se postent non loin d’elle. Mais sa mère choisit de la laisser seule devant ces gens, lui confirmant sa nouvelle place, son nouveau rôle. Almina se redressa, puis reporta son attention sur ses serviteurs.

- « Je sais que vous êtes maintenant au courant de la ruine de ma famille. Je vais être honnête avec vous : il n’y a plus d’argent pour vous payer, et j’en suis désolée. Je comprendrais si certains souhaitaient partir pour trouver mieux ailleurs. Il n’y aura aucun ressentiment de ma part à votre départ. Vous avez, vous aussi, des enfants, des épouses et des parents dont vous devez assurer la sécurité et le bonheur. » Almina fit danser son regard sur l’assemblée. « À présent, il ne me reste qu’un nom, des terres et un domaine pour subvenir à vos besoins. Et si vous décidez de rester, sachez que je ne peux vous donner de gage, seulement un toit et la promesse que je prendrai mon rôle de seigneuresse au sérieux. Si vous décidez de continuer à servir ma famille, je vous jure que chaque instant de ma vie vous sera dédié ; nul repos ne me sera accordé tant que je ne vous verrai pas en sécurité et heureux. Que les dieux soient témoins de ma promesse et de ces vœux. La maison Montfort a peut-être chuté, mais elle n’est pas morte. Tant que vous êtes là à mes côtés, alors il y a l’espoir que je réussisse, que nous réussissions à survivre à cette épreuve. » Almina déglutit devant le silence qui lui faisait face. « Ce n’est pas un ordre de ma part, mais une question : resterez-vous à mes côtés jusqu’à ce que nul espoir ne puisse venir nous relever ? »