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L'Ire d'Apollon

Chapter 6: Les noces des astres

Notes:

J'aime beaucoup cette histoire mais j'avoue que j'avais un peu hâte de mettre un point final x)
C'est sur de tenir un truc aussi long ! Je ferai pas ça tous les jours ! X.X

Je posterai dans la foulée un petit spin-off qui conclura l'arc Asclépios.
Peut-être que je vais créer une série pour ranger le tout au même endroit.

Bref ! Merci d'avoir tenu jusque-là !
Vous êtes courageux (et un peu fous !)

Bonne lecture !

/!\ Ce chapitre est composé à 80% de cul et de fantasmes d'une auteure abrutie par la chaleur et la fatigue. Ainsi que de l'amour écœurant (mon péché mignon) /!\

Biz' !

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Alors que les rires et les chants de la fête organisée par Dionysos résonnaient à travers les vastes galeries de l’Olympe, Apollon s’éloigna doucement, glissant entre les colonnes de marbre et les fresques immortelles, son cœur tourmenté par une nervosité nouvelle. Chaque pas semblait guidé par une force invisible, une clairvoyance renaissante qui traçait devant lui un chemin secret, tissé de promesses et d’espoir.

Au bout d’un couloir où la lumière dorée dansait sur les murs, il s’arrêta devant une porte richement sculptée, ornée de motifs floraux et d’images délicates qui n’avaient jamais orné cet endroit. Une salle nouvelle, surgie comme par enchantement, dissimulant le trésor qu’il cherchait désespérément : sa mère, Létô.

Elle était là, douce et silencieuse, son regard profond illuminé par la joie retenue d’un amour maternel retrouvé. Létô, non reconnue parmi les Olympiens, n’avait jamais osé s’avancer lors des éclats de gloire et de faste. Mais ses yeux brillants lui dirent qu’elle avait toujours su, dans le silence de son cœur, que ce jour viendrait — ce jour où son fils, éclatant de lumière et de souffrance, franchirait enfin ce seuil invisible qui les séparait depuis trop longtemps.

Létô s’avança lentement, comme si chaque pas portait le poids des années d’attente et des épreuves muettes. Sa voix, tremblante mais empreinte d’une force sacrée, brisa le silence :

“Apollon… mon fils, mon soleil blessé, je t’ai porté dans l’ombre, j’ai veillé sur ton destin, même lorsque l’Olympe te rejetait. Ne crois pas un instant que je n’ai pas senti ton absence dans chaque souffle, dans chaque étoile que je regardais.”

Apollon, étreint par une vague d’émotion qu’il avait longtemps contenue, répondit d’une voix rauque, pleine d’un amour profond et longtemps refoulé.

“Mère, je suis venu à toi brisé, dépouillé de tout, perdu dans la nuit la plus noire... Mais ton amour invisible a été ma lumière, le fil ténu qui m’a retenu à la vie. Pardonne-moi de ne pas être revenu plus tôt, de ne pas t’avoir cherchée comme j’aurais dû.”

Létô le regarda, les larmes coulant silencieusement, caressant doucement son visage marqué par la douleur et la grandeur retrouvée.

“Mon enfant, il n’y a rien à pardonner. La distance n’a jamais effacé la vérité de ce lien. Tu es mon fils, et malgré les tempêtes, je t’ai toujours aimé au-delà des dieux et des mondes.”

Apollon se jeta dans ses bras, abandonnant toute retenue, toute fierté, pleurant enfin ce qu’il avait longtemps tu.

“J’ai tant souffert, mais me voilà… je suis là… prêt à renaître pleinement, porté par ton amour et ta foi inébranlable.”

Elle le serra contre elle, comme pour sceller à jamais leur retrouvaille, une promesse silencieuse que plus rien ne pourrait jamais les séparer.

“Reviens toujours à moi, Apollon. Je te promets que, dans mes bras, tu trouveras la paix que même les cieux ne sauraient t’offrir.”

Apollon, encore tremblant d’émotions, releva doucement son visage vers celui de sa mère. Sa voix, à la fois grave et douce, portait le poids de ses expériences.

“Mère, cet exil sur la terre, loin de l’Olympe, n’a pas été que douleur. J’ai appris — sur moi-même, sur les hommes, sur le fragile fil qui lie la lumière et l’ombre. Chaque pas m’a forgé, chaque rencontre m’a révélé un fragment de ce que je devais redevenir.”

Il chercha son regard, inquiet, comme un enfant incertain.

“Mais toi… peux-tu encore m’aimer ainsi, alors que je ne suis plus tout à fait le fils que tu as porté ? Que je suis marqué par l’épreuve, transformé par l’ombre et la solitude ?”

Un sourire à la fois tendre et puissant éclaira le visage de Létô, comme si le temps même s’était suspendu pour accueillir cette vérité.

“Apollon, mon fils, je ne vois pas seulement ce que tu as été, mais tout ce que tu es devenu. Ton changement est une bénédiction, une preuve éclatante de ta grandeur d’âme. Ce chemin difficile a sculpté un dieu plus vrai, plus profond.”

Elle posa une main sur son cœur, silencieuse promesse incarnée.

“Oui, je t’aime. Non malgré ce que tu es devenu, mais précisément à cause de cela. Tu portes en toi la lumière et la nuit, la force et la vulnérabilité. C’est cette richesse qui fait ta divinité.”

Apollon inclina la tête, ému jusqu’au plus profond de son être, et murmura, presque incrédule :

“Mérité-je une telle abnégation, un amour aussi vaste et infini ?”

Létô, les yeux baignés de larmes de joie, répondit avec une certitude indéfectible :

“Tu mérites tout l’amour du monde, et bien plus encore. Je t’aime, et je t’aimerai toujours. Alors va, continue ton chemin dans l’infini. Aime, rit, pleure, vit. Peu importe ce que l’avenir te réserve, mon soleil, car ma porte te sera toujours ouverte.”



_____________



Alors que la fête battait son plein dans les vastes salles de l’Olympe, où les voix s’élevaient en chœurs joyeux et où les flots de nectar mêlaient ivresse et éclats de lumière, Aphrodite s’approcha d’Apollon avec la délicatesse d’un souffle printanier. Sa main effleura doucement son bras, appel muet dans l’effervescence du banquet.

D’un regard empli d’une douce gravité et d’une malice subtile, elle posa la question qui dansait depuis longtemps dans les ombres de leurs échanges.

“Dis-moi, Apollon, fils deux fois né du soleil, où en es-tu avec Hermès, ce voyageur à l’âme indomptable ?”

Le dieu aux cheveux d’or, baigné par la lueur vacillante des torches, laissa échapper un rire clair, léger et vibrant, semblable au frémissement d’une corde d’or sous les doigts d’un musicien.

“Ce n’est pas encore l’heure, charmante Aphrodite”, répondit-il avec un soupir mêlé d’une douce impatience. “Il me faut d’abord savourer ce retour, ce renouveau… puis je pourrai me pencher sur ce lien sacré qui nous unit.”

Elle inclina la tête, ses yeux de saphir perçant le voile de ses mots, empreints de cette sagesse folle que seule la déesse de l’amour peut posséder.

“Sache, Phoebus, que ce dieu joueur a fait preuve d’une patience et d’un abandon que je ne lui connaissais pas. C’est un cœur enflammé, un esprit libre et tourbillonnant, mais aussi un amant qui se mérite.”

Sa voix se fit plus douce, presque un chant porté par le vent, porteur d’un avertissement et d’une promesse mêlés.

“Ne le laisse pas dans l’attente trop longtemps. Car Hermès est un feu qui brûle ardemment, un souffle que l’on ne dompte pas sans honneur ni vérité.”

Apollon sentit alors naître en lui une tendresse profonde.

“Merci, Aphrodite”, murmura-t-il, “je porterai ce conseil comme un précieux talisman. Je sais que ce feu mérite plus que des paroles volatiles.”

Alors que la déesse de l’amour s’éloignait avec la légèreté d’une brise caressante, Apollon, le cœur vibrant, s’abandonna à la douce certitude d’un amour à venir, mûri par le temps et la patience, prêt à renaître dans la lumière sacrée de leur rencontre.

Mais il ne pouvait pas retrouver Hermès tout de suite, pas encore. Pas tant que la dernière page de son deuil n’était pas écrite. Il y avait encore une âme qui l’appelait, à qui il devait absolument parler.

Ses pas, guidés d’oracles muets, le guidèrent à l’extérieur de la salle de banquet, par-delà les jardins célestes où planait une douce allégresse, écho de la fête qui vibrait.

Sous le dôme étoilé d’un kiosque perdu, baigné par la lumière douce et diffuse d’un crépuscule éternel, Apollon retrouva Hyménaios, assis en silence, le visage empreint d’une mélancolie profonde, comme sculpté par le poids des années et des amours fanés. Le vent léger jouait dans les plis de sa toge, portant avec lui les parfums subtils de jasmin et de laurier, témoins muets d’un temps révolu.

Lorsque leurs regards se croisèrent, un souffle suspendit l’espace, comme si l’Olympe retenait son souffle devant cette rencontre chargée d’un passé lourd et d’un avenir incertain. Les yeux d’Hyménaios, encore éclatants d’une flamme jamais tout à fait éteinte, sondèrent la lumière nouvelle qui émanait d’Apollon — ce même feu solaire, adouci, transfiguré par l’exil, par le combat et par la renaissance.

“Tu es changé”, murmura Hyménaios, sa voix vibrante d’une douleur contenue, mais aussi d’un amour immuable. “J’ai appris à faire mon deuil de toi, pourtant mon cœur, malgré tout, ne s’est jamais vraiment détaché.”

Apollon s’assit avec la gravité d’un homme qui porte les blessures du monde, et pourtant, dans ses yeux, brillait la douceur d’un pardon enfin accordé. “Moi aussi, j’ai porté ce fardeau”, répondit-il, tout plein d’émotion. “Notre amour fut une tempête. Je sais que je fus trop ardent, que mes passions s’enflammaient sans frein, et que cela t’a souvent blessé, toi, gardien silencieux de cette patience si rare. Je brûlais, sans savoir freiner mes élans, et toi, tu restais immobile, espérant que mes flammes s’apaiseraient.”

Hyménaios, le cœur lourd mais calme, répondit d’une voix douce, presque un murmure porté par le vent.

“J’ai attendu, Apollon, j’ai tenu ferme, espérant que ta tempête trouverait enfin le calme. Mais parfois, la patience devient une prison, et l’immobilité, un fardeau. Je t’aimais dans ton feu, mais je ne pouvais toujours suivre tes éclats.”

Apollon baissa les yeux, une ombre de regret traversant son visage, avant de relever son front avec une noblesse douloureuse.

“Et pourtant, cet amour fou que je portais était mon guide. J’ai appris que l’ardeur sans mesure peut consumer ce qu’elle veut protéger. Aujourd’hui, je cherche l’équilibre, une lumière douce où nos âmes pourraient enfin se rencontrer sans brûler ni s’éteindre. C’est pour cela que je viens dire adieu à ce que nous fûmes. Ta caresse m’a honoré, ton silence m’a blessé, mais aujourd’hui je t’ai pardonné. Alors, merci de m’avoir permis de m'élever. Et merci de m’avoir aimé.”

Sous le doux abri du kiosque, Hyménaios, drapé d’un silence lourd, l’âme encore troublée mais ferme, fit glisser lentement sa toge sur ses hanches, dévoilant pan par pan sa peau nue, éclatante sous la lumière dorée de l’Olympe. Les lourds tissus qui l’enveloppaient se firent caressants avant de rejoindre la pierre du banc et l’os de ses chevilles, l’exposant dans toute sa splendeur et ses parures d’éclat. Il se présenta ainsi, vulnérable et défiant, comme une énigme offerte au regard d’Apollon, cherchant à sonder la force de sa résolution.

Les yeux du dieu s’attardèrent un instant, capturant la beauté parfaite de ce corps sculpté, aux formes charnues et douces, témoins complices des passions passées. Un souffle d’émotion traversa Apollon — un mélange subtil de désir, de souvenir et de tendresse profonde.

Pourtant, il ne céda pas.

Un sourire léger, empreint de sagesse et de bienveillance, naquit sur ses lèvres. Il devinait le test silencieux que lui tendait Hyménaios, cette invitation à replonger dans le feu ardent d’antan.

“Je vois ce que tu cherches à réveiller… Mais ce feu-là, nous l’avons laissé derrière nous. Aujourd’hui, je choisis l’éclipse tranquille.”

Le sourire d’Hyménaios se fit plus doux, touché par cette maîtrise et cette paix nouvelle. Un silence solennel s’installa, lourd de souvenirs et de promesses brisées. Puis Apollon, avec un geste lent et respectueux, déposa un baiser fraternel sur le front d’Hyménaios.

“Je te vouerais toujours une grande tendresse, dieu des noces. Toujours. Mon oreille te sera ouverte dans les temps de trouble et ma voix te guidera dans l’obscurité du doute.”

Hyménaios esquissa un léger sourire, ses yeux brillant d’une douce acceptation.

“Va, Apollon. Que ta lumière éclaire ta route. Je resterai ici, gardien fidèle de ce que nous avons été, et peut-être de ce que nous ne serons plus.”




__________




La fête s’était étirée, luxuriante et folle, pendant neuf jours et neuf nuits, noyant l’Olympe dans un torrent d’hydromel doré et de rires éclatants. Peu à peu, sous les voûtes étoilées, les dieux s’étaient laissés emporter par une douce lassitude, leurs corps alourdis par l’ivresse et la danse, leurs esprits bercés par la fatigue des excès. Tous dormaient enfin, abandonnés au silence apaisant de la nuit, sauf Hermès, insatiable et vif comme le vent.

Dans la pénombre, il glissait entre les couloirs, léger comme une plume, le cœur battant d’une tendresse secrète. Il cherchait Apollon, ce dieu solaire qu’il aimait d’une passion douce et tenace, désirant se glisser discrètement dans ses draps, s’étendre silencieusement à ses côtés, effleurer sa peau chaude dans un souffle, comme pour s’imprégner de sa lumière à son insu.

Mais Apollon demeurait introuvable.

Hermès, frissonnant d’une impatience délicieuse, remarqua alors des indices subtils, des signes presque imperceptibles, comme une langue secrète tracée pour lui seul : une plume d’or posée sur un rebord, une fleur éclatante laissée en offrande, une douce mélodie portée par le vent nocturne. C’était un jeu de piste, un fil d’Ariane tissé par Apollon lui-même, guidant pas à pas le dieu voyageur vers un sanctuaire discret, loin des regards, loin du tumulte.

Avec un sourire complice et le cœur enfiévré, Hermès se lança dans cette quête tendre, prêt à retrouver celui qu’il cherchait, dans l’ombre sacrée d’un lieu où seul leur amour pourrait enfin se révéler.

Hermès suivait la musique qui flottait dans l’air, une mélodie tissée spécialement pour lui, douce et puissante à la fois, comme un fil d’or lancé dans le vent. Chaque note le guidait, le menait à travers des paysages d’une beauté ineffable : forêts chatoyantes où la lumière jouait à travers les feuilles, prairies ondulantes baignées d’un souffle tiède, montagnes couvertes d’un éclat crépusculaire. Son cœur battait au rythme de cette musique, ivre d’une attente impatiente, chargé d’un désir qui ne cessait de croître.

Après cette longue course, il arriva enfin devant un temple dissimulé au creux d’un vallon oublié. Aucun son, aucun souffle humain ne troublait la quiétude du lieu. Pourtant, le temple rayonnait d’une splendeur presque surnaturelle, comme s’il renaissait de l’éternité elle-même. Ses murs, d’une blancheur immaculée, scintillaient sous la lumière diffuse, bien que leurs pierres portassent la marque d’un âge plus marqué que le temps.

Hermès poussa les lourdes portes ornées de gravures sublimes. À peine eut-il franchi le seuil qu’un éclat de rires cristallins s’éleva autour de lui. Les neuf Muses, vêtues de robes lumineuses, surgirent dans un tourbillon de joie, s’élançant vers lui avec une tendresse fraternelle et une malice éclatante. Elles caressèrent ses joues avec douceur, riant de sa surprise, leurs yeux brillants de complicité.

“Hermès, voyageur insatiable”, chanta Calliope, la muse de l’éloquence, “nous avons reçu la mission sacrée de te préparer…”

“… à l’embrassade solaire de notre Apollon”, compléta Erato avec un clin d’œil malicieux.

Euterpe fit tournoyer ses doigts en une danse légère, tandis que Melpomène souriait, mélancolique mais bienveillante.

“Tu seras prêt”, murmura Polymnie, “car ce qui t’attend dépasse le simple désir, c’est une union d’âmes et de lumière.”

Hermès, ému, sentit son esprit s’ouvrir à cette promesse, conscient que ce temple secret, cette musique, et ces sourires étaient les clefs de la rencontre qu’il attendait depuis toujours.

Les neuf Muses, dans un éclat de rire cristallin, entourèrent Hermès avec une gentille espiègle. Malgré ses protestations mêlées de rires — “Je ne suis pas un enfant à traîner ainsi !” — elles s’emparèrent de ses vêtements comme une mer légère qui emporte tout sur son passage. Bientôt, il ne fut plus qu’une silhouette nue, surprise et rieuse, livrée à leur bienveillance joyeuse.

Sans attendre, elles le conduisirent vers un grand bassin d’eau claire, où il se laissa glisser, un frisson parcourant sa peau au contact frais du liquide limpide. Les muses, en robes flottantes et immaculées, le rejoignirent aux quatre coins du bain, chacune prenant délicatement part au soin de ce corps que leur dieu chérissait.

Avec une grâce infinie, elles lavèrent sa peau de leurs mains expertes, caressant chaque muscle avec une tendresse joyeuse, le parfum d’onguents rares et d’essences florales enveloppant l’air. L’une d’elles passa un peigne d’or dans ses boucles sombres, démêlant chaque mèches avec un soin presque sacré.

Hermès, joueur, releva un sourcil et s’amusa à taquiner l’atmosphère cérémonieuse : “Depuis quand, dites-moi, ce froid et distant Apollon s’est-il mué en maître de rituels amoureux si raffinés ? S’il en faut autant à chaque fois que nous ferons l’amour, ma peau va fondre sous les huiles.”

Elles échangèrent un regard complice avant que Calliope ne réponde, d’une voix douce et assurée : “Ce n’est pas parce qu’il s’apprête à te faire l’amour, Hermès, mais parce qu’il veut honorer ton corps, te célébrer comme on célèbre un miracle.”

Un frisson, cette fois chargé d’un désir profond et vibrant, parcourut Hermès. Il sourit, déjà pris au jeu, prêt à recevoir la lumière que son Apollon lui réservait.

Lorsque le bain s’acheva, les neuf Muses entourèrent Hermès avec une attention presque rituelle. Elles l’enveloppèrent d’étoffes légères, soyeuses et aériennes, qui glissaient sur sa peau comme un souffle de vent, faciles à ôter mais assez élégantes pour exalter la beauté de son corps divin. Chaque tissu semblait dessiner avec délicatesse les courbes de ses muscles, soulignant ses épaules, ses bras, la ligne de son torse — une invitation muette à la découverte.

Puis vint le temps des ornements, et ce fut un ballet gracieux de mains expertes. Des colliers d’or fin et de pierres précieuses — saphirs profonds, émeraudes éclatantes ou rubis ardents — vinrent se poser ici et là, parfois ôtés quand cela dissonnait, remis quand cela manquait. Une chaîne légère s’attarda sur la nuque d’Hermès, un pendentif délicat se suspendit au creux de sa poitrine, judicieusement placé, comme posé là pour éveiller le désir et la curiosité.

Les Muses échangeaient des regards complices et malicieux, jouant subtilement avec les accessoires, ajustant un bracelet pour attirer le regard sur son poignet, laissant tomber un collier juste assez bas pour que, lorsque le moment viendrait, Apollon ne puisse résister à effleurer sa peau halée.

Hermès éclata d’un rire clair, vibrant de plaisir et de fierté, se mirant dans un miroir d’or que l’une des Muses lui tendait. “Regardez-moi donc”, s’amusa-t-il, “suis-je digne d’un tel soin ? Et dites-moi, est-ce qu’Apollon lui aussi a dû passer par ce rituel ?”

Les Muses échangèrent des sourires pleins de filouteries, leurs yeux brillant d’un éclat complice. “Ah, notre divin inspirateur”, commença Calliope d’une voix douce et solennelle, “il est déjà d’une beauté si éclatante que peu de parures pourraient l’embellir davantage.”

Euterpe, avec un sourire espiègle, ajouta : “Mais ne te méprends pas, Hermès. Bien qu’il soit vêtu presque exclusivement de son désir brûlant, il saura te ravir bien plus que ces joyaux.”

Melpomène, avec une gravité tendre, conclut : “Apollon, habillé de sa seule passion, sera comme un chant sur tes lèvres, une promesse incarnée que seul ton cœur pourra goûter pleinement.”

À voix basse, comme si elle se parlait à elle-même, Uranis réfléchit, la sincérité plaquée aux yeux : “Je crois lui avoir tout de même glissé un ou deux bijoux, afin que tu aies quelque chose à lui ôter”.

Hermès sentit alors une douce chaleur monter en lui, un frisson d’anticipation délicieuse. 

Les Muses, éclats vivants des arts divins, conduisirent le dieu avec une révérence empreinte de gravité jusqu’à la lourde porte de pierre, imposante et mystérieuse, dont les gravures ancestrales semblaient murmurer les secrets d’un temps suspendu. Là, elles s’arrêtèrent, formant un cercle autour de lui, et l’une après l’autre, déposèrent sur ses joues un baiser sucré au parfum de figue, un geste chargé d’une tendresse solennelle et d’une bénédiction muette, comme scellant le pacte d’un rite invisible.

“Apollon t’attend au-delà de cette porte”, souffla Calliope, la muse de l’éloquence, ses yeux scintillant d’une lueur fière et douce à la fois. “Ce sanctuaire a été forgé pour votre passion, hors des horloges du monde, à l’abri des regards et du temps.”

Euterpe, muse des mélodies, ajouta d’une voix chantante, comme si elle se préparait déjà à conter le mythe de cette nuit passionnée — :  “Deux âmes divines, ardentes et sauvages, sauront enflammer l’espace même de leur union, dessinant dans le ciel les étincelles d’un feu éternel. Nous ne prendrons pas le risque de rester dans votre sillage, alors c’est ici que nous nous quittons, dieu farceur ayant volé le cœur de notre saint patron.”

Melpomène, joueuse et lumineuse, laissa échapper un rire léger, chargé de promesses — : “Il est temps pour nous de regagner les forêts et les villes, d’arroser les arts d’inspiration. Mais, Hermès, lorsque nos chemins se croiseront de nouveau, tu devras nous conter l’histoire de vos flammes, le récit des soupirs, des éclats et des braises que vous ferez jaillir.”

Puis, comme une brise portée par le souffle des cieux, les neuf muses s’effacèrent dans la lumière douce du temple, laissant Hermès seul face à la porte sacrée, le cœur vibrant de désir, prêt à franchir le seuil d’un amour qui défiait le temps lui-même.

Hermès poussa la porte et fut aussitôt enveloppé d’une symphonie silencieuse, un chant délicat où chaque fleur semblait murmurer son propre hymne de bienvenue. Des bouquets éclatants, suspendus et disposés avec un art précieux, embaumaient l’air d’une fragrance douce et entêtante, tissant autour de lui une atmosphère où le sacré et le tendre s’entremêlaient.

La pièce, à la fois sanctuaire divin et alcôve nuptiale, rayonnait d’une splendeur paisible. Les murs, ornés de fresques aux teintes chaleureuses, captaient la lumière dans un éclat tamisé, tandis que les étoffes aux nuances riches et soyeuses drapaient l’espace en une étreinte silencieuse. Hermès, le souffle suspendu, laissa ses yeux s’attarder sur chaque détail, sur cette harmonie subtile où l’éternité semblait s’être posée.

Puis, son regard s’arrêta sur lui.

Apollon reposait là, déployé sur un vaste parterre de tissus moelleux et coussins brodés, tel un dieu figé en une sculpture vivante. Son torse ferme, solide comme le roc, exprimait une force calme et immuable. Peu vêtu, il laissait deviner la perfection de sa forme divine, seules ses hanches étant voilées d’un drapé délicat, presque impalpable. Quelques bijoux, d’or fin et de pierres chatoyantes, ornaient son corps avec une élégance discrète, attirant irrésistiblement le regard.

Dans ce sanctuaire hors du temps, leurs regards s’emmêlaient, lourds de désir contenu, éclatants d’une gourmandise muette. Le silence entre eux devenait une danse invisible, un jeu de flammes qui faisait monter la tension en un crescendo délicieux, un accord tacite où chaque souffle, chaque frémissement alimentait l’attente.

Hermès, malgré ses pieds nus effleurant doucement le sol, semblait flotter, les ailes frémissant à ses chevilles comme des plumes légères portées par un vent secret. Il s’avança lentement, gracieux et aérien, jusqu’à se placer face à son amant, cœur battant au rythme de ce mystère partagé.

Apollon, avec cette calme assurance forgée par l’exil et la sagesse, murmura d’une voix douce mais ferme :

“Zeus m’a accordé de disparaître encore un cycle lunaire, loin du tumulte du monde, avant de reprendre pleinement mes fonctions.”

Hermès, une ombre d’inquiétude voilant ses yeux pétillants, osa demander :

“Pourquoi ? Pourquoi ce délai ?”

Le dieu solaire inclina la tête, un sourire à la fois tendre et espiègle ourlant ses lèvres :

“Parce que durant tout ce temps, je compte faire l’amour à l’oubli de la nuit, au souffle du jour, à ta peau et à ton cœur. Tu ne penseras même pas à t’enfuir, même avec ton goût du voyage. Ma passion, Hermès, sera un feu dévorant qui te retiendra captif — non pas enchaîné, mais enlacé, consumé d’un désir que seul l’amour véritable sait offrir.”

Hermès, le regard pétillant de malice, s’élança dans une danse légère, tournoyant sur lui-même. Les tissus soyeux qui l’enveloppaient s’envolèrent en volutes aériennes, comme caressés par un souffle divin, révélant par instants la splendeur de ses cuisses illuminées par la clarté du sanctuaire. Son sourire mutin s’adressa à Apollon, l’œil brillant de défi et de charme :

“Vaste programme ! Mais dis-moi, Phoebus adoré, comment me trouves-tu ainsi paré par tes muses aux mains baladeuses ?”

Apollon, les yeux noyés d’une tendresse profonde et d’une admiration sincère, laissa les mots s’échapper, délicats et poétiques, comme une offrande au temple de leur désir :

“Tu es la promesse d’un matin doré, l’éclat de l’aube qui danse sur la mer tranquille. Tes formes sont la musique que chantent les vents et tes gestes, la caresse dont rêve le soleil. Paré de tant de lumière, tu es la splendeur même de ce temple sacré.”

Hermès sentit un feu doux lui monter aux joues, un rouge timide qui trahissait son émoi. — “Tu n’es pas le dieu des mots pour rien, Chanteclair de l’âme ! — Puis, emporté par la chaleur de cette déclaration, il éclata d’un rire clair et libre, comme un oiseau dont la joie éclate en chant. Ce rire emplit l’espace, charme et légèreté mêlés, scellant un instant suspendu entre désir et complicité.

Apollon étendit lentement la main, ses doigts effleurant l’air avant de saisir Hermès avec une douceur infinie. Il l’attira doucement vers lui, et malgré la tension de l’instant, Hermès resta debout, offert, vulnérable et fier devant le dieu solaire. Apollon l’enlaça avec une tendresse souveraine, posant sa tête contre la hanche frêle mais ferme de son amant, cherchant un ancrage, une proximité sacrée.

“Merci…”, murmura Apollon, la voix chargée de gratitude, “Merci d’avoir toujours été là, dans l’ombre ou la lumière, patient, fidèle, éternel.”

Ses yeux s’attardèrent alors sur la fine ceinture d’or qui ceignait la taille d’Hermès, un anneau délicat que retenait un diamant éclatant, posé juste là, à l’endroit où l’os de sa hanche dessinait une courbe sensuelle. Apollon sentit son souffle s’accélérer, hypnotisé par ce bijou qui semblait capturer et concentrer toute la lumière autour d’eux.

Avec révérence, il inclina la tête et déposa un baiser brûlant, lent comme un souffle suspendu, exactement à l’endroit où le diamant scellait la ceinture, dans ce creux secret où l’os du coccyx partait pour rejoindre la colonne vertébrale. Ce simple baiser, si délicat et pourtant si chargé de feu, embrasa Hermès d’un désir profond.

Le baiser d’Apollon s’intensifia, devenant une brûlure douce et ardente à l’endroit précis où la ceinture d’or se refermait, un feu qui se propageait lentement, irrésistible. Hermès, soupirant, offrit sans hésiter son dos au dieu solaire, comme un voile de soie tendu entre deux âmes.

Apollon, sentant ce don, abandonna le point exact pour remonter doucement, avec une lenteur délibérée, traçant une ligne de baisers qui s’élevait le long de la colonne vertébrale. Chaque contact était une caresse, une promesse, une incantation silencieuse.

Le dieu des voyages se laissa choir dans les bras de son partenaire, autorisant ces lèvres puis cette langue à parcourir son dos jusqu’à l’échine.

“Ravi de voir que cette bouche ne sait pas que chanter”, s’amusa-t-il. “Elle est visiblement gourmande dans les jeux de l’amour.”

Apollon rit contre sa peau.

“Et pourtant, ce n’est pas moi qu’on connaît comme le dieu à la langue agile. Mais j’aurais sans doute tout le loisir de découvrir si tu portes bien ton titre lors de cette retraite à deux.”

Et il reprit sa lente exploration, léchant la peau offerte pour s'imprégner du goût des vents, des reliquats de sèves, du parfum de l’iode, que même le bain n’avait pu décrocher.

Hermès, pressé contre lui, sentit ses muscles se tendre puis se détendre, le chatouillement subtil lui arrachant un sourire discret, un plaisir mêlé de surprise. Pourtant, il ne rouspéta pas, laissant son corps parler à travers ces sensations nouvelles. Il adorait cette danse de feu et de tendresse, ce murmure des lèvres divines qui remontait jusqu’à la nuque, éveillant chaque nerf, chaque souffle, chaque désir.

Apollon fit doucement basculer Hermès, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent face à face, le joueur d’étoiles assis en équilibre sur ses cuisses, leurs regards s’entrelaçant comme des flammes jumelles. Les mains d’Apollon, habiles et sûres, commencèrent leur douce exploration, caressant avec respect et désir les courbes des cuisses, effleurant les flancs là où les tissus ne cachaient déjà presque plus rien, glissant sur le torse éclatant, dansant entre les chaînes d’or et les parures délicates.

Ses doigts remontèrent lentement, dessinant un chemin de feu jusqu’aux épaules tendues, puis à la peau fine des joues où la chaleur s’amplifia. Le contact de ses mains était une musique muette, un poème secret murmuré à même la chair.

Puis, enfin, leurs lèvres se rencontrèrent dans un baiser sincère, profond et puissant, chargé de toute la tendresse et la passion contenues durant leurs séparations. Hermès jubila, chaque fibre de son être vibrant sous cette étreinte, comme si les cieux eux-mêmes chantaient leur union retrouvée.

Hermès ne resta pas un instant passif, fidèle à sa nature vive et insatiable. En réponse au toucher d’Apollon, il laissa ses mains éveiller la peau du dieu solaire, explorant chaque ligne, chaque muscle avec une attention tendre et fougueuse. Ses doigts, agiles comme les vents qu’il chevauchait, traçaient des arabesques délicates sur le torse lumineux d’Apollon, remontant en caresses légères le long des épaules, effleurant la nuque, dessinant le contour parfait de son visage empli de lumière.

Le baiser, déjà profond, s’intensifiait, mêlant leur souffle, leur passion et leur douceur dans une danse silencieuse. Hermès s’abandonnait pleinement, mais toujours maître de son désir, donnant autant qu’il recevait, sculptant d’un amour sincère le corps d’Apollon, comme un peintre caressant sa toile la plus précieuse. 

Apollon rompit doucement le baiser, ses yeux brillants d’une flamme intérieure, celle d’un devin aux visions limpides et profondes. Sa voix, basse et solennelle, résonna comme un oracle sacré :

“Je te promets, Hermès, que je vais te ravir au-delà de toute mesure, que je t’élèverai dans les cimes de l’extase où le temps se suspend et l’âme danse nue. Je t’honorerai comme l’étoile la plus précieuse, et je chérirai chaque souffle que tu m’offriras, chaque frisson qui traversera ta peau.”

Ses mains, pleines d’envies et de don, glissèrent avec délicatesse le long de ses reins, puis sur la courbe suave de ses hanches, caressant avec révérence la douceur de sa chair. Le contact était à la fois tendre et brûlant, une promesse vivante qui éveillait en eux le feu de l’amour qui transcende le temps, la chair et même les dieux eux-mêmes.

Apollon laissa Hermès glisser sur les draps, ajustant sa nuque dans les coussins tendres avant de se pencher sur ses reins en un souffle brûlant. Les cuisses légères du dieu voyageur autorisèrent les mains du dieu soleil à les écarter, offrant sans honte à sa vue le spectacle d’un chiton glissant lentement sur la peau jusqu’à dévoiler un sous-vêtement qu’on pouvait dénouer d’un regard.

Ce qui fut.

Apollon tira dessus sans force et le laissa glisser négligemment au milieu des pièces de tissus de leur simulacre de lit sacré.

“Tu es magnifique quand tu t’offres, muse volante. Après un tel spectacle, je jure que je ne chanterai plus le désir de la même manière.”

Curieux d’y glisser les doigts, le dieux des Arts caressa l’intérieur des cuisses offertes, remontant doucement vers l’épicentre du désir. Hermès, allongé dans l’océan de tissu, baigné de lune par la coupole ouverte sur le ciel, ne dit rien alors que les restes de tissus s’éloignèrent de sa peau. Il ferma les yeux, laissant la musique du geste d’Apollon lui traverser le corps. Car c’était bien de musique qu’il s’agissait. Apollon n’avait ni lyre ni cithare entre les mains, mais il jouait malgré tout — et Hermès, à cet instant, était tout entier l’instrument.

Les doigts d’Apollon remontèrent lentement le long du fragment de chair tendu de désir, traçant une ligne sur la peau comme on trace un vers sur une page divine. Chaque souffle, chaque frisson, répondait au mouvement comme une corde qui vibre à peine. Il glissa là sa paume, pleine, douce, ouverte, et y laissa reposer le poids de sa tendresse, avant de refermer en splendeur ses doigts sur la pulsation battante du sexe érigé.

“Tu es musique, toi aussi”, murmura Apollon, la voix plus basse qu’un soupir, “et je ne veux jamais t’oublier.”

Hermès entrouvrit les lèvres, mais ne répondit pas. Il n’y avait rien à dire. Le silence les enveloppait comme un chant infini, et le monde retenait son souffle. Couché sous lui, abandonné à la tendresse grave de ces retrouvailles, il laissait s’échapper de sa gorge des soupirs épars, des gémissements légers, presque involontaires — offrandes échappées d’un sanctuaire intérieur. Et Apollon, courbé en avant pour le sentir plus proche, dont l’oreille avait depuis toujours reconnu les harmoniques du monde, sentit son cœur se serrer à ces notes nées de leur étreinte.

Il les recueillit, une à une, comme on cueille les sons d’une harpe qu’on n’aurait pas osé accorder.

“Écoute-toi”, murmura-t-il, son front posé contre la gorge chaude d’Hermès, “ta voix est un poème que tu ignores chanter.”

Les gémissements de l’amant, fluides et entrecoupés comme des eaux claires heurtant la rive, éveillaient dans le cœur d’Apollon des résonances antiques, comme si les Muses elles-mêmes soufflaient à travers cette bouche entrouverte. Ce n’était pas une chanson faite de paroles, mais de souffles, de soupirs, de ces infimes vibrations que seul l’amour sait inspirer.

“Ton plaisir est un cantique que nul temple ne pourrait contenir”, confessa Apollon dans un souffle, comme s’il parlait à une divinité plus haute que lui — celle du présent, du vrai, de l’instant incarné. “Je croyais avoir perdu la musique… Mais en toi, elle me revient, non par la lyre, non par l’hymne, mais par la chair qui se tend, par la voix qui tremble.”

Et tandis que les soupirs d’Hermès redoublaient, plus profonds, plus brumeux encore, Apollon ferma les yeux, et pria sans mot : pour que cette mélodie ne le quitte jamais, pour que le chant du vivant continue de vibrer dans leurs corps mêlés.

Et le Seigneur des clartés, penché sur son promis, continua son hymne muet, son adoration faite de doigts glissant comme un archet sur une corde invisible.

C’était si peu et pourtant c’était tout un monde. Un monde en caresse qui, malgré son infinité, finit par peser trop petit pour l’avidité d’un dieu en désir. Apollon en voulait plus, car il avait promis en son nom de faire se rencontrer Hermès et l’extase.

Alors il quitta la gorge musicale du dieu pour glisser son nez dans la ligne nette qui dévalait la fossette entre les clavicules, il parcourut les monts fermes du torse, où deux temples rougis d’excitation pointaient vers les étoiles, navigua dans les plis mouvants d’un ventre aux muscles contractés d’appréhension pour finir dans une charmante forêt aux branches bouclées, dernier rempart vers la terre sacrée.

Et il honora, cette terre sacrée, de sa langue la plus pieuse. Il la laissa parler à sa place, se faire ronde sur l’autel du plaisir, puis droite quand elle s’élevait le long de l’offrande. Elle parlait non avec des mots, mais avec des gestes — cercles, lignes, spirales subtiles — qu’Apollon dessinait contre le grain vivant du corps de son amant. Chaque frisson qu’il provoquait sur le sexe tendu devenait une réponse, un vers soufflé, une musique nouvelle. Ce n’était plus un dieu en exil, mais un poète muet, dont la bouche devenait encre, et dont l’encre cherchait l’âme.

Hermès, allongé sous cette parole muette, sentait chaque mouvement de cette langue comme une strophe, un psaume lent. Ses yeux mi-clos disaient toute sa stupeur silencieuse, son souffle heurté trahissait la beauté insoutenable de cette vénération incarnée. Il ne parlait pas non plus : les deux divins conversaient autrement, entre peau et souffle, entre langue et battement.

La langue, douce, tenace, pleine de retenue et de ferveur, célébrait non pas l’instant seul, mais l’être qu’il touchait. Il disait : je ne prends rien. Je te lis. Je t’écris. Et je veux que chaque syllabe de mon désir soit une offrande.

Il déplaçait lentement sa bouche, suivant la ligne d’une veine discrète, baisant non pour éveiller le feu, mais pour déposer la lumière. Hermès, allongé dans cette offrande silencieuse, ne parlait pas. Son souffle s'était alourdi, profond, presque tremblant. Il savait qu’il n’était pas simplement désiré — il était vénéré.

Apollon s’arrêta enfin, ôtant sa bouche gourmande pour poser son front contre le flanc cajolé. Il ferma les yeux et murmura :

“J’ai chanté les plus grands poèmes, j’ai vu les étoiles danser sur mes lyres... mais ce chemin, celui que je trace de mes lèvres, est le plus sacré que j’aie jamais emprunté.”

La tension dans les muscles d’Hermès achevèrent de le secouer quand cette ultime parole caressa ses oreilles. Le désir contenu céda face aux mots tendres qu’il recevait et il implora, les yeux brumeux :

“Je t’en supplie, flamme dorée ! Que ta langue m’achève, je ne tiens plus !”

Docile, le dieu de la lumière reprit part au festin, avide, goulu, insatiable. On eut dit qu’il désirait le dévorer tout entier.

Hermès, abandonné au ravissement, perdait toute ancre au sol. Le plaisir éveillé par les baisers d’Apollon n’était pas de ceux que l’on commande, ni même que l’on accueille : c’était une ascension, une ivresse si pure que son corps, fidèle à sa nature ailée, ne put plus se contenir. Ses ailes, frémissantes, s’ouvrirent comme des fleurs au zénith, battant lentement au rythme de l’extase, soulevant son être dans l’air doux de la nuit. Ce furent d’abord les ailes des chevilles, ses partenaires les plus impétueuses, puis celles de ses tempes, les plus stables, puis celles de ses reins, les plus secrètes. Toutes s’ouvraient et batifolaient dans les airs, mimétisme de son plaisir.

Il lévitait — non par volonté, mais par abandon.

Et Apollon, bouche encore posée contre la peau qu’il chantait du souffle, sentit la perte imminente de cette proximité, comme si l’extase allait le lui ravir. Alors, d’un geste presque comique et tendre, il entoura les hanches de son amant de ses bras fermes, l’attirant vers lui avec la douceur d’un amant et la ferveur d’un prêtre protégeant une flamme sacrée du vent.

“Reste”, souffla-t-il autour de la chair avalée, non dans l’ordre mais dans la supplique, comme s’il parlait à une étoile filante trop belle pour s’éteindre loin de lui.

Hermès rit, un rire brisé de plaisir et de lumière, et ses ailes continuèrent de battre, lentes et amples, comme deux éventails dorés au-dessus du sol. Mais il ne s’échappa pas. Il se laissa retenir, s’abandonnant tout entier au creux des bras d’Apollon, comme un oiseau revient à la main qu’il sait patiente. Ses cuisses aux muscles tremblants vinrent s’accrocher autour de la nuque de l’amant solaire, le seul capable d’empêcher le dieu des vents de s’envoler.

“Je brûle… Je brûle, Apollon ! Je me consume !”

Son cri, sa prière, n’eurent pour conséquence que d’accentuer la détermination du soleil capricieux. La bouche ne se déroba pas, les yeux ne fuirent pas, la passion ne céda pas. Jusqu’aux limites du monde, il fallait que toute créature terrestre sente l’acmé du voyageur divin, que son plaisir inonde la terre jusqu’à ses croûtes les plus infernales.

Alors le messager accepta la délivrance.

Son souffle s’étrangla d’abord dans sa gorge — non de douleur, mais d’un ravissement si vaste, si fulgurant, que son corps tout entier chercha à le contenir, en vain.

Et puis vint le cri.

Ce n’était pas un son humain, ni même tout à fait divin : c’était une clameur pure, jaillie d’un cœur délivré, d’un être fendu par la lumière. Il monta, ample, clair et brut, un éclat d’or vocal qui fendit le silence de la nuit comme une comète crève la toile des cieux.

La terre frémit sous sa puissance, non dans la peur mais dans la reconnaissance. Le sol vibra, touché par le battement d’une aile géante et invisible. Les portes du temples, pourtant de pierres et de marbre, battirent sous l’impulsion du souffle. Les feuilles des arbres s’inclinèrent, les fleurs se refermèrent un instant, bouleversées dans leur repos nocturne. Et le vent — ah, le vent ! — naquit de ce cri.

Il partit de la gorge d’Hermès comme une étoile fend le ciel, et s’élança, joyeux et sauvage, dans les plaines, les montagnes, les forêts endormies. Il courut sur les rivières, fit danser les flammes dans les foyers, souffla doucement contre les visages éveillés, leur laissant un frisson sans nom et le pressentiment d’un miracle.

Même les bêtes, au plus profond de la nuit, redressèrent la tête.

Et quand le cri retomba, lentement, comme une pluie chaude sur la terre comblée, le silence qui lui succéda n’était plus le même.

Il était sanctifié.

Dans l’air tiède et argenté de la nuit, tout semblait suspendu, comme si le monde retenait un dernier souffle pour ne pas troubler l’instant. Hermès, encore porté par la brise de l’élan céleste, laissait ses ailes retomber doucement, comme des draps que l’on replie après la tempête.

Ses yeux, d’abord clos sous l’averse de sensations, s’ouvrirent à demi, brumeux, comme s’ils peinaient à revenir tout à fait de l’endroit où son esprit avait voyagé. Son torse, luisant d’un éclat vivant, se soulevait lentement dans une respiration profonde, apaisée, presque océane. Une dernière onde frissonnait encore le long de ses bras, de ses flancs, comme le ressac discret après une marée haute d’extase.

Hermès ne parlait pas. Les mots auraient brisé la fine porcelaine de l’instant. Il restait là, alangui dans la lumière douce, ses membres détendus comme ceux d’un dieu rendu mortel par trop d’émotion, ses ailes repliées contre lui comme des promesses tenues.

Apollon, à ses côtés, le contemplait avec la gravité tendre d’un poète ayant enfin trouvé la phrase juste. Il ne demandait rien, ne pressait rien. Il attendait seulement que la brume se lève dans les yeux d’Hermès, que le monde revienne à lui. Il emmêla ses jambes à celles de son tendre compagnon, fier de l’avoir emmené si loin dans la béatitude.

Hermès tourna enfin lentement le visage, ses boucles collées à ses tempes, et son regard croisa celui de l’exilé solaire. Il n’y avait plus d’espièglerie, plus de masques : seulement une gratitude brûlante, un abandon total, et ce silence chargé, rare, qui ne naît qu’après avoir touché un sommet sacré.

Alors il sourit. Lentement. Un sourire las mais ébloui, comme l’aube après une nuit cosmique.

La lune était encore posée sur le monde comme un manteau de velours quand les corps se séparèrent doucement, non par désamour, mais par besoin de silence. Les draps chiffonnés portait la mémoire d’une union sans heurt, et les étoiles, complices muettes, regardaient sans juger les deux dieux couchés dans la lumière épaisse.

Apollon, appuyé sur un coude, scrutait le ciel sans vraiment le voir. Dans la tiédeur encore palpitante de l’instant, ses pensées se faisaient claires, lourdes de passé et pourtant pleines d’avenir. Il tourna les yeux vers Hermès, qui jouait distraitement avec un bijou tombé, les lèvres entrouvertes d’un sourire sans but, son esprit encore ailleurs — ou peut-être déjà loin.

La voix d’Apollon s’éleva, douce mais grave, comme un fil d’or tendu dans la nuit :

“Je ne veux pas d’illusion. Ni promesse trop parfaite, ni rêve trop lisse. Je suis fait de feu, et parfois, il me dévore. Il m’arrive encore d’être trop grand pour moi-même. J’ai brûlé ceux que j’aimais, autrefois. J’ai crié quand j’aurais dû me taire. J’ai frappé les cieux de ma douleur et je ne sais pas si je suis devenu meilleur… mais je suis devenu plus vrai.”

Il marqua une pause. Ses doigts trouvèrent ceux d’Hermès, qu’il effleura sans les retenir.

“Je ne veux pas t’enchaîner. Je sais que tu partiras. Mille fois. Ton souffle est fait pour courir les vents, et ton rire pour se poser sur mille lèvres. Mais si tu reviens… si tu reviens toujours… alors je saurai attendre. Je bâtirai une maison assez vaste pour accueillir tes retours, et assez souple pour ne jamais te réclamer.”

Hermès tourna lentement la tête, son regard profond, calme, mais tremblant d’un éclat qu’il cachait mal. Il ne plaisanta pas. Pour une fois, il ne cacha rien.

“Tu veux l’équilibre, et tu sais déjà qu’il sera mouvant. Tu sais que je ne suis pas fait pour rester, pas plus que toi pour oublier. Mais je reviendrai. Chaque fois. Parce que je t’ai vu brisé et que je t’ai aimé quand même. Parce que je t’aime là, maintenant, dans ta force contenue, dans ta peur de refaire mal. Parce que je crois que tu sauras me laisser partir sans penser que je te fuis.”

Il se redressa à demi, s’approchant de la gorge d’Apollon, y déposant un baiser léger, presque fraternel, presque oublié.

“Et si ton feu revient, s’il rugit trop fort, alors je danserai dedans jusqu’à ce qu’il se calme. Ce n’est pas la peur qui me fera rester, Apollon. C’est la vérité de ce que tu es. Et moi, je peux la regarder en face.”

Un souffle de vent passa entre eux, portant le parfum de la lavande nocturne et de la terre encore chaude. Aucun d’eux ne bougea.

Leurs corps encore proches, leurs cœurs battant dans un silence suspendu, Hermès sentit poindre en lui le feu joueur qu’il savait inextinguible. Il se redressa à peine, sa silhouette souple glissant comme une caresse hors des draps aimants, et se pencha vers Apollon avec le sourire d’un dieu qui a mille fois séduit les astres.

“Tu sais, mon incendie céleste… il paraît qu’on dort mieux après un second orage”, murmura-t-il, sa voix traînante et mielleuse comme la sève des ruches d’Arcadie.

Apollon leva vers lui un regard calme, presque trop limpide. Il plissa les yeux, comme un homme cherchant à percer un mystère.

“Un orage ? Je n’ai entendu que le vent et quelques soupirs. Est-ce de météorologie dont tu veux parler ?”

Hermès cligna des yeux. Un instant, son sourire vacilla. Il pencha la tête, intrigué, amusé, mais un peu méfiant.

“Je parle d’éclairs... de ceux qui frappent sans nuage. D’embrasement, de souffle coupé, tu vois ?” Il glissa ses doigts le long du torse d’Apollon, effleurant chaque mot. “Tu n’as jamais connu ça ?”

Apollon parut réfléchir, sincère ou feignant l’innocence — difficile à dire. Il fronça doucement les sourcils, et dans sa voix coula une ironie légère, une tendresse masquée derrière le marbre :

“Hm… Peut-être un souvenir, lointain. Une légende que j’ai oubliée. Peut-être que tu pourrais m’en redonner le goût ?”

Hermès s’écroula complètement, son rire s’étranglant dans sa gorge. Il le fixait maintenant d’un œil aigu, l’éclat d’Érèbe dans la prunelle. Il comprenait. Lentement.

“Tu me tournes en bourrique, n’est-ce pas ?”

Apollon ne répondit pas. Il ferma les yeux, paisiblement, comme s’il savourait un chant que seul lui pouvait entendre. Sa bouche s’étira dans une ligne à peine visible, entre l’énigme et le plaisir discret. Un dieu content de son effet.

Hermès soupira longuement. Il roula sur le dos, bras étendus, regardant le ciel s’éclaircir.

“Par les ailes de mon propre chapeau… je me suis fait prendre à mon propre jeu.”

Il n’était pas fâché. Pas vraiment. Peut-être un peu frustré — oui. Mais surtout ébloui. Apollon n’était plus ce flambeau hautain qui brûlait tout autour de lui. Il était autre. Il était maître de lui. Et c’était terriblement séduisant.

Hermès, à demi allongé contre lui, sentit la chaleur monter comme une marée lente. Il observa le visage de son amant avec un mélange de curiosité et d’attente. Il connaissait ce regard-là : celui des révélations.

Apollon planta ses yeux au fond de l’âme de son compagnon. Ils brillaient d’un or ancien, celui des oracles et des serments oubliés. Il posa une main sur la hanche d’Hermès, tranquille, pleine d’une tendresse qui contenait le monde.

“J’ai rêvé”, dit-il d’une voix plus vaste que la parole, “d’un jeu du passé. Quelque chose qu’aucun mortel n’a vu. Quelque chose qu’on ne murmure qu’aux confins des légendes.”

Hermès, allumé par le mystère, se redressa un peu, le regard frémissant de malice.

“Un jeu ? Mmh… Lancer des astres dans le ciel pour les faire tomber dans mon lit ? Voler les soupirs des vierges d’Aphrodite ?”

Apollon esquissa un sourire, mais secoua lentement la tête.

“Non, rien d’aussi commun…”

Hermès plissa les yeux.

“Alors quoi ? Parle, lumière des jours. Je brûle de deviner, et tu sais combien je déteste ne pas savoir.”

Apollon se redressa dans les draps, ses cheveux d’ombre dorée glissant sur ses épaules. L’éclat qui l’entourait semblait s’être épaissi, comme si son propre soleil intérieur pulsait sous sa peau. Il tendit la main, effleura la clavicule de son compagnon du bout des doigts.

“Je veux être pluie”, dit-il enfin, “je veux m’émietter en lumière liquide, me déverser sur toi comme les anciens dieux sur les élus de leur désir. Pas comme un feu, mais comme l’or céleste qui coule et bénit. Je veux sentir ta peau non pas d’un seul souffle, mais de mille gouttes de moi.”

Hermès, frappé au cœur par cette étrange offrande, demeura sans voix un instant. Puis, lentement, il sourit. Un sourire moins malicieux que d’ordinaire, plus doux, presque grave.

“Une pluie d’or… Tu veux redevenir mythe pour me toucher ?”

Apollon acquiesça. Dans le silence qui suivit, l’air sembla se charger d’une attente extatique. Hermès ferma les yeux, tendit légèrement le cou, s’offrant sans crainte.

“Alors sois légende. Je suis prêt à être le sol que tu bénis.”

Et déjà, dans le creux de la nuit mourante, la lumière se mettait à danser autrement. La clarté d’Apollon se mit à vaciller et il s’effaça de la pièce comme un mirage de lumière qu’on aurait touché, laissant Hermès frissonner d’appréhension.

L’aube, vaste et muette, s’était tendue comme une voûte d’étoffes profondes au-dessus du monde endormi. Au cœur de ce silence suspendu, un temple ancien, oublié des foules mais sacré dans chaque pierre, se tenait encore debout. Son dôme ouvert accueillait les astres comme des hôtes familiers. Les colonnes, veinées de larmes du temps, vibraient d’attente.

Hermès était là, seul, étendu sur les draps frais d’un lit de lin et de lumière. Son torse découvert, sa bouche entrouverte, son regard levé vers le ciel, il ne priait pas, il n’appelait pas — mais il attendait. Un souffle, un miracle, un retour.

Alors la lune indiscrète, haute et pâle dans le ciel naissant, comme refusant de rater un instant de ces ébats divins malgré l’urgence du matin, frémit doucement. Elle s’auréola d’une clarté inédite, plus chaude, plus dorée que son éclat d’ordinaire. Les étoiles effacées aux alentour semblèrent s’incliner, et un silence amoureux descendit sur le monde.

Là-haut, au sommet du firmament, Apollon se tenait, non plus chair et os, mais conscience pure, lumière tissée de mémoire et de désir. Son être entier vibrait d’un appel mystique : l’élan d’un dieu vers son amour, mais aussi d’un homme vers la promesse d’un apaisement. Il se tenait à la lisière du visible, au seuil du céleste et du terrestre.

Et puis, sans fracas ni gloire tapageuse, il se laissa aller.

Il devint pluie.

Une pluie d’or.

Pas une chute, mais une offrande. Son corps se délia, s’effilocha en myriades de gouttelettes lumineuses, chacune porteuse d’un souvenir, d’un soupir immémoriel, d’une flamme contenue. Il descendit comme une rosée d’éclat, traversant les cieux, effleurant les ailes du vent, glissant sur le fil de la lune pour atteindre la terre.

Par le dôme ouvert du temple, il entra. Les colonnes frissonnèrent. Le sol se mit à luire faiblement, comme si le marbre lui-même se souvenait de la voix du dieu.

Hermès leva les yeux, et la vit.

Sa pluie d’or.

Elle tombait sans bruit, et chaque goutte semblait caresser l’air, le temps, la mémoire. Lorsqu’elle atteignit sa peau, elle s’épanouit en frissons doux, en murmures d’étoiles, en chaleur caressante. Le dieu messager ferma les yeux, accueillant cette pluie comme un serment intemporel qui ne demandait plus à être dit.

Apollon venait, mais il ne venait pas par les chemins des hommes.

Elle ne mouillait pas la peau, mais pénétrait l’âme. Chaque goutte vibrait d’un accord musical, chaque fil d’or descendait chargé de mémoire et de chaleur.

Dans chaque perle dorée, Apollon touchait Hermès : front, paupières, clavicule, nombril, poignets. Il n’y avait pas de hâte, pas d’empressement charnel — seulement cette lente et infinie descente du divin dans l’intime, ce don de soi total, presque priant.

Il n’y eut pas de mot entre eux, car la parole eût affadi ce que le silence savait déjà. Apollon, redevenu lumière, caressa le front, les mains, le torse, le sexe de celui qui l’avait tant attendu. Et Hermès, dans cette caresse venue du ciel, sentit quelque chose se rompre et se réparer à la fois, arquant son corps alangui de plaisir comme si cela pouvait prolonger le contact.

Le monde s'effaça.

Ce n’était plus la terre, ni l’Olympe, ni même le temps. C’était l’éternité concentrée dans un instant, l’union de deux forces, deux essences, deux errances qui avaient trouvé en l’autre une maison.

Alors, dans le temple baigné d’or et de soupirs, le monde entier sembla suspendu dans la respiration d’un instant sacré. Et les étoiles, là-haut, veillèrent sur les amants enveloppés dans l’éclat silencieux d’un amour devenu légende.

Quand la pluie cessa, le sol ne portait aucune trace.

Mais Hermès, étendu dans les tissus fous, son corps tremblant encore d’extase, brillait faiblement comme une étoile tombée. Il ferma les yeux. Un sourire — léger comme un souffle, vaste comme un serment — vint se poser sur ses lèvres.

Et dans le ciel, un nuage d’or tournoyait encore, avant de s’évanouir dans l’aube.



___________



La lumière du matin filtrait à peine à travers les feuillages quand Hermès, alangui dans les draps de lin fin, ouvrit les yeux sur le monde redevenu silence. Autour de lui, le vent léger frôlait les tentures comme un chant discret, et les fleurs froissées tombées sur le marbre portaient encore la chaleur d’un dieu.
Son regard glissa vers l’autre silhouette, assise à ses côtés, drapée de lumière.

Apollon.

Il ne disait rien. Il contemplait.

Là, dans l’immobilité pleine, son regard s’attardait sur la courbe paisible d’une épaule, sur la chevelure sombre qui s’était défaite sous la pluie d’or, sur la peau encore marquée d’éclats invisibles. Ce regard n’avait rien d’un désir vorace — il était offrande, recueillement, lente brûlure intérieure. Apollon le regardait comme on regarde un lever de soleil sur un monde qu’on croyait perdu.

Puis, sans rompre le silence, il tendit le bras.

À ses côtés, dans de petites coupoles ciselées d’or, les grappes de raisins sacrés de Dionysos reposaient, lourdes de suc, presque vivantes. Chaque grain, gorgé d’une ivresse céleste, brillait comme une gemme mûrie à la lumière d’une autre saison. Apollon en cueillit un. Il le tint un instant entre ses doigts, puis le tendit à Hermès sans un mot.

Hermès, le souffle encore mêlé de rêve, leva les yeux. Il ne demanda pas ce que signifiait ce geste. Il ouvrit simplement les lèvres, accueillant le fruit dans un abandon léger. Le goût était profond, chargé de soleil et de mémoire. Le nectar du vin avant la folie, avant l’oubli.

Apollon sourit, tout bas, presque pour lui-même.

Hermès mâcha lentement, puis, les yeux malicieux à nouveau éveillés sous la douceur du moment, demanda dans un murmure :

“Et toi ? Tu ne veux pas manger ?”

Apollon se pencha alors, posant le coude contre la soie des draps, et répondit d’une voix basse, chaude comme l’éclat d’un feu au crépuscule :

“Je savoure encore un autre met.”

Et son regard s’attarda de nouveau sur lui, plus tendre encore, plus profond, comme s’il goûtait, en silence, la beauté d’un amour né dans l’impossible, mais scellé dans l’évidence.

Hermès ne répondit rien. Mais son souffle s’accorda à celui du dieu soleil. La joue contre l’épaule d’Apollon, il caressa d’un doigt rêveur les lignes de son torse, comme s’il lisait une musique ancienne. Son regard était malicieux, mais empreint d’une gravité rare. Il soupira, et dans ce soupir dansa encore un peu de l’extase passée.

“Tu es prodige”, souffla-t-il dans un sourire. “Une pluie d’or... À part le Père des dieux, qui d’autre que toi pouvait oser transformer le désir en mythe sous nos propres mains ? Tu m’as traversé comme le feu traverse le cristal — sans briser, mais en changeant ma lumière à jamais.”

Apollon tourna lentement la tête, ses yeux dorés encore baignés d’un éclat intérieur.

“C’était pour te connaître. Pour t’honorer comme ce lieu de toi où je me sens enfin chez moi.”

Hermès sourit davantage, mais son regard s’assombrit un peu. Il releva la main et la posa sur le cœur d’Apollon, sentant la chaleur tranquille, la pulsation lente du divin apaisé.

“Et moi”, dit-il avec tendresse, “suis-je condamné à n’être que le réceptacle de ton offrande ? Je t’ai reçu, oui — avec joie, avec toute la démesure de mon cœur. Mais l’amour ne vit pas d’une seule pluie. Il me brûlerait de ne pouvoir, à mon tour, t’aimer comme tu l’as fait. Je suis messager, mon cher foyer. Mais je ne veux pas être messager d’un amour que je ne pourrais pas offrir aussi de mes propres mains.”

Apollon demeura silencieux un instant, ému, presque interdit. Ce qu’il venait d’entendre éveillait en lui non pas de la crainte, mais une gratitude profonde, calme, douce comme une lumière au matin.

Il posa sa main sur celle d’Hermès.

“Alors viens”, dit-il doucement. “Apprends-moi ton offrande, à toi. Je suis prêt à devenir temple si c’est toi qui me célèbre.”

Hermès s’agenouilla.

Il invoqua dans sa main une fiole façonnée par Héphaïstos lui-même, dans un métal que même les Titans n’avaient pas nommé. En elle brillait l’ambroisie — nectar des hauteurs, si rare qu’il ne coulait que sur quelques rares langues, même en rêve.

“Tu es l’autel où je dépose ma foi”, dit Hermès, sa voix devenue grave, étonnamment posée. “Et je suis le prêtre de ton retour.”

Il ouvrit la fiole. Un parfum s’en échappa, doux et ancien, rappelant les vergers perdus des Hespérides et la caresse première du soleil sur l’Égée. Hermès trempa ses doigts dans l’ambroisie, puis les posa sur l’épaule d’Apollon. Le liquide sacré s’étala en filaments dorés qui couraient sur la peau comme des rivières lentes.

“Ce n’est pas un onguent”, ajouta-t-il. “C’est une mémoire. Chaque goutte rappelle aux cieux que tu es divin, même lorsque tu doutes.”

Il continua, lentement, avec une ferveur presque liturgique. Chaque geste semblait prononcer une prière silencieuse. Il traça des lignes sur le torse d’Apollon, sur ses flancs, au creux de ses poignets, sur le sexe reposé, jusqu’aux tempes et aux pieds. Partout où il passait, la chair s’éveillait, comme si elle se souvenait d’être née lumière.

L’ambroisie coulait en traînées fines, sculptant la lumière sur le corps d’Apollon. Chaque goutte s'attardait, puis glissait lentement le long de ses clavicules, de ses flancs dorés, jusqu’au creux de sa hanche, traçant des rivières de chaleur et de paix. Là où le nectar touchait sa chair, la peau s’embrasait sans brûler, comme si les étoiles s’y rallumaient une à une. Le souffle du dieu se fit plus profond, rythmé par l’étrange et délicieux vertige d’être à la fois vénéré et consolé.

Hermès suivait les ruisseaux d’ambroisie du bout de ses doigts, les étalant avec lenteur, comme s’il peignait une fresque vivante. Son toucher était léger, presque timide, mais chargé d’intention. Il ne cherchait pas à dominer ce corps de lumière, mais à lui redonner sa gloire tranquille. Le contact de ses paumes, de ses lèvres parfois, venait sceller le passage du nectar, mêlant la chaleur du souffle humain à l’immortalité des dieux.

Malicieux, Hermes en étala jusqu'aux lèvres gorgées de baisers de son amant. Puis il se pencha.

“J’ai faim”, dit-il dans un souffle. “Pas de vin, ni de fruit. Je ne veux que ce que tu es.”

Et il se nourrit. De la bouche d’Apollon d’abord, longue offrande scellée par un baiser où l’on goûtait l’ambroisie mêlée au souffle divin. Puis de sa gorge, de sa peau, de ses lignes tendues comme un chant. Il effleura, baisa, effleura encore. Pas avec violence, mais avec la dévotion d’un pèlerin arrivé au terme d’un long voyage.

Apollon ne parlait pas. Mais ses paupières closes, ses mains ouvertes et l’arc très doux de ses reins disaient assez le bouleversement. Il se laissait aimer comme on reçoit une vérité — avec lenteur, crainte, et gratitude.

Mutin, Hermès murmura à son contact avec un sourire de bienheureux :

“Tu t’es cru adoré mille fois, mais as-tu jamais été goûté comme un fruit sacré qu’on n’ose à peine cueillir ?”

Apollon ne répondit pas, mais ses paupières frémirent comme les feuilles d’un arbre à l’approche d’un orage. Il était sensible, à fleur de chaque nerf. L’exil avait enlevé à sa chair l’armure du faste, la laissant réceptive à la moindre offrande.

Hermès se pencha, d’abord presque en dévot, ses lèvres s’attardant sur le creux du ventre, puis plus bas, à la lisière des zones interdites aux poèmes. Là, il goûta avec espièglerie, longuement, comme on joue d’un instrument fin pour en éprouver toutes les résonances. Sa langue, curieuse, dessina des symboles mystérieux. Ses dents effleurèrent sans jamais blesser.

Apollon eut un soupir, un de ces soupirs qui contiennent tout le ciel d’un seul souffle. Ses doigts s’accrochèrent au monde — ou à Hermès, difficile à dire. Sa peau semblait appeler la pluie, ou trembler de l’avoir reçue.

“Hermès…”, murmura-t-il, la voix fêlée par une douceur trop vive.

Mais le messager ne s’arrêta pas. Il riait à demi, tout contre la hanche du dieu solaire, comme un enfant pris en flagrant délice.

Cambré, le maître de la lumière sentait sa voix s’étouffer dans sa gorge, tirant les tissus des draps comme s’il voulait les déchirer. Hermès s'enorgueillit de cette réaction et avala le festin encore plus profondément. Une fois, puis deux, puis trois, récoltant les soupirs extatiques comme à la moisson, caressant du bout des doigts les bourses tremblantes qui réclamaient l’amour.

Il était prêt à le recevoir tout entier, à le sentir se crisper puis s’abandonner. Il le voulait. Sans condition.

Et Apollon se donna. Crispé, soupirant, recroquevillé, il chanta son acmé d’une voix rauque, la peau rougie d’un million de bourgeons de feu là où la langue était passée, le bas-ventre en feu. Ce qui coulait sous sa peau n’était que lave fleurissante, un courant dévastateur qui se déversa entre les lèvres souples d’Hermès.

Le dieu aux pieds ailés finit par consentir à le laisser sortir, reposant les reins qu’il avait monstrueusement agrippé pour l’enfoncer toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus longtemps. Les souffles étaient heurtés, accablés, ravagés.

“Tu es si… vivant”, dit-il enfin, la bouche encore pleine de lumière. “Comment ne pas être glouton d’un tel miracle ?”

Il alla se lover contre sa gorge, baisant la courbure du cou jusqu’à l’épaule.

Apollon détourna le visage, submergé par une marée violente, celle de se sentir désiré pour ce qu’il était — non pour sa gloire, mais pour ses tremblements.

Sous la voûte tranquille du temple silencieux, Apollon gardait les yeux fixés au plafond lumineux. Une lueur douce traversait ses prunelles d’ambre, mais une ride d’inquiétude assombrissait la noblesse de son front. Il ne parlait pas encore. Il respirait Hermès contre lui, encore, avec la peur sourde que ce souffle partagé fût déjà compté.

Enfin, sa voix s’éleva, voilée d’une fragilité rare :

“Tu me rends fou, Hermès. Pas de colère, non. Une folie douce, mais si vaste que j’ai peur d’y me perdre. J’ai goûté à toi, et maintenant… j’avoue que j’ai un peu peur du vide que ton départ va laisser.”

Il tourna la tête, le regardant de biais, comme on redoute de poser un mot trop vrai. Sa main glissa, presque timide, sur le bras du dieu voyageur.

“J’ai connu l’abandon et la perte... Il laisse des brûlures qu’on croit oubliées, jusqu’au jour où quelqu’un vous touche au même endroit.”

Hermès n’eut pas besoin de réfléchir. Il se redressa à moitié, l’éclat de ses yeux brillant d’un feu mi-moqueur, mi-tendre. Il pencha la tête sur le côté, ses mèches de cuivre glissant sur ses tempes comme une pluie.

“Mon cœur incandescent”, dit-il, l’ombre d’un sourire au coin des lèvres, “tu oublies qui je suis. Je suis le vent. Je pars, oui. Je m’efface. Mais toujours je reviens. L’absence n’est pas un abandon : c’est l’espace sacré où se forge le manque. Et le manque… oh, le manque est une prière.”

Il approcha ses lèvres de l’oreille d’Apollon, murmurant comme on souffle une promesse à une étoile :

“C’est dans l’attente que le désir devient offrande. C’est dans l’éloignement que l’amour prend racine assez profonde pour survivre à toute tempête.”

Apollon ferma les yeux. Ces mots-là entraient droit dans son cœur, comme des rayons sur une terre gelée. Il ne répondit pas tout de suite, laissant le silence être l’écrin de cette vérité.

Puis, très doucement, il dit :

“J’essaierai, mon amour. J’apprendrai à aimer ton absence comme on guette l’aurore. Et quand tu reviendras… je ferai en sorte que ce soit toujours un printemps.”

Hermès l’embrassa sur le front, presque chastement cette fois, comme on bénit un feu qui brûle juste. Puis, toujours à demi allongé, les boucles en bataille et l’œil rieur adouci par la tendresse, il fit rouler ses doigts le long de la clavicule d’Apollon, comme s’il écrivait un poème invisible sur sa peau. Puis, prenant un air faussement solennel, il ajouta, la voix grave de théâtre, mais le sourire trahissant la chaleur de son cœur :

“Tu sais… même si l’univers se referme sur moi comme un écrin trop petit, même si je suis aux confins du monde, à négocier avec les monstres des anciens temps ou à porter les serments des dieux dans les ténèbres profondes... je te soufflerai des messages. Toujours.”

Il approcha son visage de celui d’Apollon, jusqu’à ce que leurs souffles se mêlent.

“C’est ma spécialité, tu sais. Les murmures dans les feuilles. Les frissons dans le vent. Les courants d’air qui parlent quand on croit rêver. Tu n’auras qu’à tendre l’oreille quand la brise dansera, et je serai là. Je pense même que tu finiras par te boucher les oreilles.”

Le rire aux lèvres, Apollon ferma les yeux un instant. Un souffle, léger et tiède, effleura son front, comme s’il en faisait déjà l’expérience. Il hocha la tête, ému, profondément.

“Si c’est ça, alors je n’aurai plus peur du silence.”

Hermès effleura sa joue du dos de la main, puis ajouta, d’un ton plus bas, comme un secret confié à la nuit :

“Il me faut te marquer à vif pour que même loin, tu me sentes toujours sur toi. Je ne peux pas me changer en pluie d’or comme tu le fais si bien, mais j’ai quelques tours dans ma manche qui, j’en suis sûr, te plairont.”

Hermès, au sommet de sa malice sacrée, contempla Apollon avec ce regard qui traverse les masques et caresse les vérités. Le souffle du dieu messager devint murmure, puis soupir, puis vent. Son corps, jadis enjoué et rieur, se dissout en courants chauds et tournoyants, plus doux qu’une étoffe de soie filée par les Heures. Hermès se fit brise — brise tendre et enveloppante — et glissa, invisible et pourtant si présent, contre chaque courbe du corps étendu d’Apollon.

Ce dernier, le regard encore perdu dans les cieux, sentit d’abord une fraîcheur légère sur son front, puis la tiédeur d’un vent langoureux qui descendait lentement sur lui, avec la minutie d’un amant qui connaît chaque frisson. Il ne bougea pas. Il ouvrit à demi les lèvres, accueillant l’air comme un nectar, sentant dans ce souffle familier la signature d’Hermès — impalpable, mais inoubliable.

Le vent s’enroulait à ses poignets, dessinait des symboles secrets sur son torse, passait sur ses hanches avec un respect trouble, une adoration légère et brûlante tout à la fois. C’était un toucher sans doigts, une étreinte sans bras, et pourtant plus intime qu’aucun baiser.

Apollon, jadis tout d’orgueil solaire, se laissait faire, la peau sensible au moindre frémissement. Il ferma les yeux, abandonné, et dans ce silence suspendu, ce n’était plus le dieu ou l’homme, mais l’être vibrant, nu devant l’univers, qui goûtait la beauté d’être aimé sans retenue.

Le vent trembla comme un rire discret.

“Hermès…”, souffla Apollon, la voix noyée dans une fièvre douce.

Mais le vent ne répondait pas. Il dansait.

Il empoignait la verge sans jamais la saisir, attisant le feu par un simple souffle impalpable.

Alors, dans un élan à la fois enfantin et ardent, Apollon redressa le torse, leva son visage vers l’air et murmura :

“Donne-moi un baiser, toi qui me frôles mais ne t’offres pas.”

Ses lèvres cherchèrent à happer le vent, à embrasser l’insaisissable. Mais à chaque tentative, le souffle filait, espiègle. Il riait, dans une langue que seul Apollon pouvait entendre : celle du jeu et du désir mêlés. Et le dieu solaire, frustré mais ravi, se cambra sous l’assaut invisible, les mains ouvertes vers le vide, enivré de ce plaisir sans prise.

Son cœur battait à vif. Il était toute offrande, tout appel.

Enfin, le vent sembla ralentir. Il se condensa, s’alentit, se chargea d’or et d’éclat. Et dans un frémissement presque imperceptible, la chair remplaça l’éther.

Hermès apparut, assis d’un mouvement fluide sur les hanches de son amant, les cuisses pliées, le sourire large, les yeux brillants.

“Tu es bien impatient, mon fauve de lumière…”, dit-il en penchant la tête, une boucle de cheveux tombant devant ses cils.

Apollon, haletant, éclata d’un rire léger, vibrant d’un plaisir mêlé de tendresse :

“Tu fais de moi un fou, Hermès… un fou qui court après le vent.”

“Alors qu’est-ce que tu attends ? Je suis là alors attrape-moi”, dit Hermès, en s’inclinant pour enfin lui donner le baiser tant attendu, profond, brûlant, offert comme un secret.

Et dans cette étreinte, Apollon sentit que le ciel s’ouvrait de nouveau à lui.

Mais il n’eut pas le temps de fondre davantage dans ses lèvres qu’une pression chaude vint se glisser contre son bas ventre. Hermès, joueur invétéré, avait glisser sa cuisse entre celles du dieu solaire, frottant désormais leur peau l’une contre l’autre, à un endroit où seul le plaisir extatique pouvait naître.

Apollon leva les mains, les posa sur les hanches du dieu voyageur, comme pour s’assurer qu’il était bien là, présent, réel, et non un caprice du songe. Sa peau frissonnait encore du passage invisible de l’air amoureux — chaque atome de lui semblait chanter la mémoire de cette caresse légère et omniprésente, cet hommage d’ombre et de lumière.

Comblé par son touché, il soupira, un soupir long et vibrant comme un accord parfait dans une harpe céleste. Son corps, autrefois si distant, si contenu, vibrait désormais au moindre frôlement de la peau d’Hermès. Ce contact le faisait jubiler intérieurement, et il ne s’en cacha pas.

Il rit doucement, presque surpris par la lumière qui dansait à l’intérieur de lui, un rire clair comme une aube dorée. Il passa ses bras autour d’Hermès, le retenant comme on retient une étoile filante, de peur qu’elle disparaisse.

“Tu es là”, dit-il dans un souffle, comme une bénédiction, “et tu ne peux pas savoir comme je suis comblé de te sentir réel contre moi.”

Hermès, ému de cette joie si nue, si sincère, glissa ses bras autour du torse d’Apollon. Il le câlina avec la tendresse rare de ceux qui savent que le bonheur est précieux, qu’il peut être volage comme le vent — son vent à lui. Il posa sa joue contre le cœur du dieu solaire et l’écouta battre, régulier, ardent, comme s’il battait maintenant en son nom.

“Si tu savais comme j’aime t’entendre heureux”, murmura-t-il, ses doigts dessinant des cercles discrets dans le creux des reins d’Apollon. “Je volerais mille fois la foudre de Zeus pour t’entendre rire encore.”

Et il embrassa d’un effleurement le menton d’Apollon avant de reprendre ses mouvements, glissant comme l’archer sur la corde pour mieux revenir ensuite, plus brûlant à chaque va-et-vient de ses reins.

Apollon, baigné d'une lueur dorée qui émanait de lui comme un feu doux, avait les paupières mi-closes. Il sentait le poids d’Hermès sur lui, non comme une contrainte mais comme une vérité. Un ancrage. Une certitude.

Chaque geste, chaque frôlement, était offrande. Il n’y avait rien de brusque ou de volé dans leurs mouvements, rien que l’évidence du monde à son tout premier matin. Les mains d’Hermès exploraient le corps d’Apollon comme on déchiffre une langue oubliée, et le dieu solaire tremblait sous ses caresses comme une harpe effleurée par le vent.

Apollon ne parlait pas. Il laissait son souffle traduire ce qu’aucun mot ne saurait dire — cette extase calme, cette gratitude qui montait de lui comme une source chaude. Il se laissait aimer.

Hermès, joueur silencieux, versait sa tendresse dans chaque regard, chaque murmure qu’il soufflait contre la peau offerte de l’autre. Son rire, parfois, venait briser l’intensité comme une lumière traverse les feuillages — non pour éclipser, mais pour alléger.

Ils étaient durs, palpitant chacun contre la cuisse de l’autre, comme réclamant plus de contact. Alors ils continuèrent d’un mouvement synchronisé, gémissant, haletant, grognant, leur sexe perlant de plus en plus à mesure que la passion se condensait.

Leur cri n’eut rien de brutal ni de sauvage. Il fut une longue note tenue, un souffle exhalé du fond de l’être, comme le chant d’un monde à sa naissance, quand tout n’est encore que lumière et vertige. Il jaillit de leurs poitrines comme l’eau des sources oubliées, s’élevant dans l’air pur de la nuit sacrée.

D’abord ce fut un soupir mêlé, à peine plus qu’un frisson, un murmure d’étoiles heurtant la courbe du silence. Puis la voix d’Hermès, claire et rieuse, fendit l’instant — un rire tremblant, presque incrédule, tissé d’extase et d’amour retrouvé. Apollon lui répondit dans un souffle d’or, un chant contenu devenu cri, pareil à une lyre qu’on aurait trop tendue, et qui, soudain, cède dans une note pure, cristalline, solaire.

Leur cri fut offrande, il fut poème. Il ne déchira pas la nuit — il l’éclaira.

Une lumière liquide avait été projetée de leurs corps enlacés, dorée aux reflets nacrés, presque comme l’ichor, mais dans cette absolue beauté qu’offre la promesse d’une semence justement déversée. Elle les brûlait au ventre de la plus délicieuse des manières.

Son parfum — oh, ce parfum — ne rappelait ni fleurs, ni encens connus. C’était la senteur de l’ambroisie fraîchement versée, la chaleur du soleil sur la peau après l’orage, le soupir du monde au moment exact où l’éclipse se dissipe. C’était un arôme qui éveillait les souvenirs de vies jamais vécues.

Lorsque cette essence touchait la chair, elle ne brûlait pas : elle révélait. Elle faisait chanter la peau, comme si chaque pore devenait corde vibrante d’une lyre céleste. Et parfois, à ce contact, des larmes coulaient sans tristesse — des larmes nées d’une beauté trop pleine, d’un amour antique revenu hanter le présent.

Hermès, lové contre son compagnon, la peau encore frémissante de la lueur de leur union, redressa lentement la tête, ses yeux brillants d’un désir renouvelé, infatigable. Un soupir presque rieur passa sur ses lèvres alors qu’il murmurait, entre provocation et imploration :

“Dis-moi, mon soleil, as-tu déjà vu le vent se satisfaire d’un seul frisson ?”

Apollon tourna vers lui un regard doux, brûlant d’une tendresse tissée dans les fibres de son être. Il posa ses doigts sur les lèvres volubiles d’Hermès, comme pour ralentir le cours d’un torrent trop pressé de déborder.

“Tu me refais le même coup qu’hier ? Laisse-moi respirer encore un peu ta présence…”, dit-il d’une voix profonde, presque mélodieuse. “Ce n’est pas le désir qui manque, vil fugitif céleste, mais le besoin d’habiter chaque battement de ce cœur avant d’y replonger.”

Hermès, déjà agité, cherchant à grimper sur lui comme un feuillage vers le ciel, s’immobilisa un instant, conquis par cette voix grave et apaisante, par cette main qui glissait doucement sur son flanc pour le rassurer sans le contraindre.

“Mais je dois reconnaître que tu es… insatiable”, finit le dieu lumière en un sourire attendri.

Alors, Apollon le serra lentement, et comme un peintre posant ses couleurs avec soin, il se mit à couvrir Hermès de baisers — sur les paupières rieuses, sur la tempe battante, dans le creux de la gorge où la vie pulsait comme un tambour discret. Il l’embrassa avec patience, avec révérence, comme s’il écrivait sur sa peau un poème sacré, un cantique d’attente.

Et Hermès, bercé par cette pluie d’affection, la tête enfouie dans les cheveux d’Apollon, se laissa glisser dans ce moment suspendu, ce prélude d’amour qui, parfois, vaut plus encore que la flamme.

Cependant, un tressaillement léger pulsa dans la cage thoracique d’Apollon, si discret qu’Hermès crut presque l’avoir rêvé, mais il savait. Il savait quel genre de tremblement de terre pouvait naître d’une seule faille.

Il redressa son buste, plongeant dans le regard de feu.

“Tu es là, et pourtant… une part de toi fuit encore.”

Il n’y avait ni reproche, ni blessure, seulement une certitude douce, une main tendue dans la pénombre.

Apollon demeura silencieux. Il contemplait le plafond céleste, là où la voûte du temple s’effaçait dans les nuages. Il aurait voulu répondre par des vers, ou par le chant d’un rossignol. Mais seuls ses bras bougèrent, attirant Hermès plus près de lui, comme s’il voulait l’absorber, le dissoudre dans la chaleur de son être. Ses mains glissèrent lentement le long de ses hanches, puis s’attardèrent, presque pieusement, sur les courbes du dieu voyageur.

“Tout va bien”, souffla-t-il enfin. Mais sa voix portait les vestiges d’un âge ancien. Une vérité incomplète.

Hermès, contre lui, écoutait. Il savait que certains dieux, même brisés, guérissent en silence. Mais il voulait être l’écrin de ce silence, pas le fardeau qu’on éloigne.

“Je n’ai pas besoin que tu sois tout à moi”, répondit-il. “Mais je veux que tu saches que je suis là. Même dans les replis de ton doute. Même dans les brèches où tu n’oses pas descendre.”

Apollon ferma les yeux. Une onde lente le traversa. De gratitude. De tendresse. De crainte aussi — ce poison subtil des dieux trop vieux pour croire au simple bonheur.

Sans dire un mot, Hermès posa ses doigts sur la mâchoire d’Apollon et guida son visage vers le sien. Leurs regards s’ancrèrent, deux astres en lente collision. Puis avec l’art du voleur et la tendresse d’un amant agile, il prit le contrôle du baiser. Ce n’était plus une offrande hésitante, mais un feu délicat, allumé pour chasser le froid d’un passé récalcitrant.

Il fit de ses lèvres un fil de soie, un charme jeté pour bousculer les pensées du dieu solaire. Les doutes furent doucement étouffés, comme la rosée s’efface sous le matin. Apollon, surpris d’un tel abandon, se laissa faire — ou peut-être choisit-il, enfin, de ne plus résister.

Les mains d’Hermès exploraient sans presser, posées là où la peau se souvient. Et dans ce baiser qui devenait souffle, puis battement, puis frisson, Apollon sentit son esprit se voiler, non de confusion, mais d’un désir si pur qu’il devenait presque prière.

Le baiser s’approfondit, ravageur. Hermès, sûr de ses gestes mais tendre dans son intention, pressa un peu plus ses paumes contre les flancs dorés d’Apollon. Il sentit la chaleur vibrer sous ses doigts, cette tension sourde, comme un arc trop longtemps bandé. Il ne recula pas. Au contraire, il guida Apollon, patiemment, vers l’abandon.

Il le toucha comme on touche une étoffe sacrée, mêlant jeu et dévotion, ivresse et soin. Il descendit lentement, ses lèvres traçant un chemin d’offrandes sur les tempes, la gorge, l’épaule d’Apollon — baisers incantatoires, presque litanie, comme un chant d’autrefois que seul le corps pouvait encore entendre. Et Apollon, frémissant, laissa faire. Il sentit son corps parler à sa place, se cambrer, se tendre, tendre encore, cherchant plus, encore, mais sans brusquerie.

Comment de simples mains et de simples lèvres caressant aux bons endroits pouvaient-elles calmer à se point ses craintes les plus secrètes ?

Le monde alentour s’effaça. Le temple, les colonnes, la voûte du ciel : tout devint silence, comme si le temps s’était plié à leur souffle. Hermès, barde devenu prêtre d’une liturgie charnelle, honorait Apollon avec une ferveur étrange, précise, belle. Il savait où s’attarder, où ralentir, comment ranimer la flamme sans jamais la consumer.

Le souffle d’Apollon s’accéléra. Ses paupières tombèrent, son dos se courba, son ventre s’ouvrit à une chaleur qu’il n’avait plus connue. Il tendit une main à l’aveugle, cherchant Hermès, le happa avec douceur, et le ramena contre lui dans un geste éperdu. Leurs fronts se frôlèrent. Leurs souffles s’unirent. Une prière muette s’éleva entre leurs lèvres, un murmure tissé d’étoiles :

“Hermès… ne t’arrête pas.”

Alors Hermès sourit, malicieux et tendre, et reprit son chemin. Il ne voulait pas simplement offrir du plaisir : il voulait élever Apollon, l’orner de lumière, inscrire ce moment dans la mémoire du monde. Et il voulait lui offrir plus.

Alors, dans un geste vif, rapide, précis, il retira ses mains de leur doux labeur et grimpa plus en avant sur les hanches d’Apollon, jusqu’à le sentir pulser sous son aine.

Son regard dansait entre tendresse et appétit, entre jeu et adoration. Il approcha ses lèvres de l’oreille du dieu solaire, et dans un souffle aussi léger que la brise d’août, murmura :

“Je vais te dévorer, Apollon. Comme un festin. Comme une offrande qu’on ne laisse pas au vent. Je vais t’avaler sans honte, sans fin, sans retenue, jusqu’à ce que ta lumière m’emplisse les veines.”

Apollon sourit, le souffle suspendu entre stupeur et exaltation. Les mots avaient résonné comme une prière dionysiaque, comme un oracle venu dérober les lois. Calquant ses mots sur la pression caressante de ses doigts, Hermès poursuivit, poète à son tour :

“Tu es miel tombé du ciel, chaleur tremblante d’un fruit divin. Et moi… je suis affamé d’éternité. Laisse-moi te goûter, te savourer, te déguster jusqu’à ce que tu ne saches plus où tu finis et où je commence.”

Apollon frissonna. Il sentit la promesse dans chaque mot — celle d’être aimé avec la fougue du vent et la constance de la nuit. Une promesse de n’être plus jamais seul dans sa lumière.

Presque timidement, il hocha la tête et ce fut tout ce dont Hermès avait besoin pour rouler ses hanches dans un angle souple, recevant la présence d’Apollon comme un cadeau entre ses reins.

Et il tint promesse, non par orgueil ni désir de conquête, mais comme on répond à une prière qu’on avait soi-même murmurée dans l’ombre des jours. Il n’arracha rien : il cueillit. Il ne força rien : il accueillit.

Il se mit à onduler, relâchant puis ravalant la verge trempée de perles de semence dans un rythme langoureux, gémissant à chaque fois que ses fesses venaient se plaquer contre les hanches de son amant, gorgée de sa présence.

Apollon, tout en lui vibrant d’un feu calme et profond, s’abandonnait à ce vent mystérieux, le laissant s’immiscer dans ses pores, emporter avec lui les restes d’anciennes douleurs, souffler la poussière des blessures anciennes. Il se sentait à la fois apaisé et éveillé, comme un temple à la fois ancien et neuf, suspendu entre ciel et terre.

Hermès, messager espiègle, s’amusait à jouer entre les éclats de lumière qui dansaient sur le corps d’Apollon, parfois frôlant son cou, parfois effleurant la courbe de ses hanches. Il honorait le dieu solaire en s’offrant avec la délicatesse d’un prêtre d’un culte secret, chaque geste chargé de respect et de désir, d’admiration et d’intimité.

Cependant, il sentait, sous ses caresses légères comme un souffle d’aube, cette ombre subtile qui persistait au creux d’Apollon. Une barrière invisible, tissée de silences et de nostalgie, retenait le dieu solaire à la lisière de l’abandon. Malgré la douceur de l’étreinte, malgré le feu délicat qu’il déposait sur sa peau, une part de lui demeurait ailleurs, invisible mais palpable.

Hermès resserra son étreinte, voulant démontrer par chaque geste, par chaque soupir, qu’il s’offrait tout entier, sans réserve ni peur. Il voulait que son amant sente la totalité de son don, qu’il abandonne enfin cette dernière digue de retenue. Mais le regard d’Apollon, profond et trouble, se détourna, cachant un rempart fragile, une blessure secrète.

Puis, dans un éclat de clairvoyance douce-amère, Hermès comprit. Ce n’était pas la peur qui retenait Apollon, ni la défiance.

C’était Hyménaios, ou du moins sa réminiscence dans l’esprit du dieu solaire. L’ultime rempart qui empêchait Apollon de s'accepter pleinement.

“Relâche ton feu”, ordonna Hermès.

Le roi des Arts ne comprit pas, voulut s’arrêter pour interroger, mais le mouvement balancier des reins d’Hermes le maintenait dans un rythme profond qui lui coupait le souffle. Le farceur devenu sérieux plongea son regard éternel dans celui de son compagnon, grave, solennel, sans appel.

“Je ne suis pas lui . Je ne suis pas sa flamme tiède qui te demandait de contenir ta fougue. Je suis un esprit libre, qui percute les tempêtes pour livrer ses messages. Je me suis déjà heurté à des sommets trop haut, à des déserts trop chauds ou des grottes trop profondes. Ton soleil peut exploser contre moi, ça ne me fait pas peur. Alors ne te retiens pas.”

Les lèvres tremblantes d’émotion, Apollon empoigna les reins de son compagnon pour accentuer la friction avec vigueur. Mais au fond de lui, Hermès sentait encore qu’il se retenait par peur de blesser.

C’en était trop.

Hermès attrapa les poignets d’Apollon pour clore le mouvement faussement libéré. Dans les yeux du dieu voyageur dansait une frustration ravageuse, comme une malédiction antique à deux battements d’ailes d’exploser.

Alors il explosa.

“Si tu es un dieu ravageur, alors ravage-moi ! Je ne suis pas fragile comme un roseau. Mon vent, quand il se décide à détruire, arrache les demeure, déracine les souches et abat les roches comme une pluie de météores ! Alors, par tous les dieux qui peuplent ce monde, Apollon, je t’en supplie, fais-moi l’amour ! Fais-le comme tu en rêves ! Fais-le fort, fais-le chaud, fais-le brutal ! Laisse ton soleil rugir dans mes bras pour qu’il ne le fasse nulle part ailleurs ! Je t’aime comme tu es alors aime-moi comme tu vis ! En brûlant !”

Et Apollon y consentit. 

Les barrières levées pour protéger son ancien amour s'effritèrent quand ses doigts vinrent agripper la chair souple des cuisses pour les rabattre contre lui. 

Apollon se redressa, les jambes emmêlées dans celles d'Hermes alors qu'il se mit à pulser en lui comme l'explosion d'une supernova. Irradiant de chaleur, il se mit à le posséder dans cet abandon qui délivre de toute inhibition. Peau contre peau, feu contre vent. 

Le corps ravi d’Hermès sautait sous les coups de reins comme s'il dansait, luttant à chaque assaut pour ne pas quitter l'étreinte de son amant passionné, les doigts presque brûlés par le contact avec la peau du dieu soleil. Sa voix se mourrait dans sa gorge, incapable de suivre le rythme de leurs ébats tant la puissance nouvellement libérée était brutale et vive.

Une onde éclatante s’échappa de chaque mouvement de reins brutal d’Apollon, ondulant dans l’air autour d’eux, embrassant la pierre du temple et les eaux proches d’une caresse brûlante et douce à la fois. Là où cette lumière effleurait, les fleurs s’éveillaient en avance, leurs bourgeons éclatant en une profusion de couleurs vives et fraîches, comme si la vie même était rappelée à danser sous l’effet de cette chaleur bienfaisante.

Le feu d’Apollon n’était plus destructeur ; il était souffle de renaissance, flamme sacrée qui purifiait les blessures anciennes, illuminait les cœurs meurtris, et insufflait un miracle de guérison là où il passait.

Apollon, terreur des champs de bataille, porteur de peste, maître de l’arc, libéra sa fureur dévastatrice dans l’amour qu’il vouait à son compagnon, sentant son corps ému de tant de vigueur mais jamais sur le point de lâcher. Comme il l’avait dit, Hermès était ce vent qu’on ne brûle pas, contre lequel il pouvait se permettre de consumer sans peur. N’importe quel humain se serait changé en cendre, et même un dieu comme Hyménaios avait refusé cette brûlure d’amour. Mais pas Hermès.

Hermes l’accueillait en lui dans toute sa splendeur, même la plus violente. Il l’aspirait tout entier sans se plaindre, riant parfois, quand son souffle n’était pas complètement coupé par le plaisir. Ses cuisses, fermes et musclées, encerclaient les reins d’Apollon comme pour le maintenir plus profondément en lui, comme s’il voulait le planter dans ses entrailles et ne jamais le quitter.

Il supportait son feu.

Non, plus que ça.

Il adorait son feu.

Alors Apollon libéra une larme de soulagement avant de s’enfoncer une ultime fois au coeur du dieu des vents, laissant sa chaleur pulser en jets divins, repeignant la toile de ses entrailles à ses couleurs, s’abandonnant autant qu’Hermès s’abandonnait à lui.

Ils se donnaient tout.

Corps, âmes, sentiments.

Le hurlement d’Hermès fendit l’air comme un vent sauvage, à la fois joueur et déchaîné, un éclat de liberté pure qui dansait entre la joie et la passion. Ce fut un souffle haletant, une explosion de rires et de murmures, un appel vibrant qui libéra tout ce qui bouillonnait en lui, la promesse d’un désir sans retenue.

Celui d’Apollon, en miroir, était profond, clair et solennel, comme le chant d’une lyre divine suspendue dans le temps. C’était une onde lumineuse qui s’élevait, une vibration dorée qui emplissait l’âme, un souffle sacré chargé d’une douce mélancolie et d’un émerveillement brûlant.

Quand leurs cris s’éteignirent enfin, le silence devint un voile de paix, dense et précieux, où chaque battement de cœur résonnait comme une note parfaite.

Apollon, encore habité par l’embrasement doux de leur union, effleura doucement les épaules d’Hermès, ses yeux baignés d’une lumière reconnaissante, profonde comme l’aurore. “Je n’arrive pas à croire que, grâce à toi, mon cœur n’a plus peur de se consumer, ni d’aimer sans retenue”, murmura-t-il, sa voix caressant l’air telle une caresse d’or sur une mer tranquille. Un sourire tendre et lumineux éclot sur ses lèvres, reflet d’une joie pure, fragile et éternelle à la fois.

Hermès, marqué par l’intensité de ce feu partagé, laissa s’échapper un souffle léger, presque un rire, doux comme un vent tiède après l’orage. Malgré la fatigue qui voilait ses paupières, il se glissa avec Apollon sur les tissus froissés, s’abandonnant à la chaleur sacrée de ce lien. Ensemble, ils demeurèrent, suspendus entre le silence et la lumière, dans un éclat d’éternité où le feu ne brûle plus, mais guérit l’âme.

Dans le souffle calme qui suivit l’embrasement, Apollon et Hermès trouvèrent un rare équilibre — ni l’un sans l’autre, ni l’autre sans l’un. Deux âmes que tout semblait opposer, liées désormais par un lien secret, une lumière partagée qui apaisait les anciennes blessures sans jamais les nier.

Apollon, le dieu en quête de lui-même, apprit que la force n’était pas dans la solitude ni dans le pouvoir seul, mais dans l’acceptation d’un autre cœur, parfois farouche, parfois joueur, mais toujours fidèle. Hermès, libre messager des vents et des mystères, trouva enfin un port où poser ses ailes fatiguées, sans renoncer à sa nature vagabonde.

Leurs jours à venir seraient une danse d’ombres et de clartés, de tempêtes et de silences, une quête sans fin dans laquelle ils bâtiraient un “nous” vrai, un espace où l’amour pouvait brûler sans consumer, guérir sans effacer.

Ainsi, sous le regard bienveillant des étoiles et des anciens dieux, leur histoire s’inscrivit comme une légende nouvelle — celle d’un amour patient, retrouvé, et éternellement renaissant, comme la lumière d’un soleil toujours prêt à se lever.

Notes:

Voilà qui conclut cette fiction de l'infini !
Merci d'avoir lu jusqu'au bout ! <3

J'a encore plein de One-shot à moitié fini dans mon drive donc on se reverra !

Biz' !

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