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La Rééducation de Qin

Summary:

Qin Shi Huang a besoin d’une thérapie.

Malheureusement pour lui, c’est Hermès qui s’en charge.

Une étude de cas où rééducation, perte de contrôle et dignité pulvérisée s’entremêlent, sous une définition très discutable de ce qui est « thérapeutiquement irréprochable ».

Notes:

Cas d’étude d’une crise existentielle mal gérée.

Chapter 1: Le paradis, quel enfer…

Chapter Text

C’était une journée comme toutes les autres au Valhalla. Insupportablement paisible.

Toujours la même lumière. Ni jour, ni nuit.
À force, on avait l’impression que c’était constamment l’heure du thé.

Et justement, en parlant de thé, on lui avait servi une infusion claire, tiède, vaguement florale.
Quelque chose que l’on servait quand il n’y avait plus rien à fêter.
Le breuvage avait le goût de l’ennui, et de ces choses que l’on accepte faute de mieux.

Une odeur persistante flottait dans l’air — sucrée, ronde, familière.
Hydromel, fleurs écrasées, chaleur dorée.
À force, ça finissait par donner la nausée.

Une musique s’imposait en permanence.
Quelqu’un, quelque part, jouait toujours de la lyre.
Pas assez fort pour qu’on puisse s’en plaindre.
Juste assez mal pour qu’on ne puisse pas l’ignorer.
Les cinq premières minutes, c’était tolérable.
Au bout de vingt jours, c’était une épreuve.

Un spa éternel — l’idée seule lui donnait des envies de meurtre parfaitement injustifiées.

Il serra la mâchoire. La relâcha aussitôt.

Il reposa la tasse.
N’en but pas la fin.

Tout était en ordre.
Et pourtant, il n’arrivait pas à s’y faire.

Qin se redressa lentement, plus par habitude que par nécessité.

Son corps n’était pas guéri.
Pas vraiment.
Le bras manquait. L’épaule aussi.
Et ce n’était pas comme si tout cela allait repousser —
il n’était pas une salamandre céleste.

On prenait soin de lui.
Trop.

Même de son vivant, en tant qu’empereur, il n’aurait rien eu à redire.
Ce qui, évidemment, l’irritait profondément.

Bandages impeccables.
Soins minutieux.
Repos imposé, surveillé, débattu.

La douleur était là.
Présente mais supportable.

Il s’y accrochait.

Ce n’était pas une douleur excessive —
juste assez vive pour lui rappeler qu’on s’était opposé à lui.
Qu’on lui avait tenu tête.
Et que cela avait compté.

Assez pour lui rappeler qu’il ressentait encore quelque chose.

À chaque pulsation sourde, une part de lui se calmait.
Son esprit retrouvait une forme de paix.

Puis on frappait à la porte.

Encore.

Quelqu’un entrait.
Ajustait un coussin.
Vérifiait un bandage.
Lui demandait s’il avait besoin de quelque chose.

Encore.

Il répondait non.

Encore.

On restait quand même.

Quand il se retrouva enfin seul, il inspira lentement, ferma les yeux un instant.

Si on m’amène encore une seule boîte de chocolats à l’ambroisie,
je me casse pour Helheim.

La pensée était venue sans colère.
Comme un constat.

On frappa de nouveau.

La porte s’ouvrit.

Une boîte fut tendue, soigneusement emballée.

— Chocolats à l’ambroisie, annonça la voix avec toutes les meilleures intentions du monde.

Une brève crispation dans le bas de son dos.
Il l’ignora.

Il regarda la boîte.
Puis la personne qui la tenait.
Et, très calmement, il se leva.

C’en était trop.