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L'ami de Billy

Summary:

Billy Dante a un ami qui lui est cher.
Tant qu'il y a de l'alcool, son ami va bien.
Mais quand il est sobre, Billy n'a aucune idée de comment l'aider.

Notes:

(See the end of the work for notes.)

Work Text:

"Jarek. Hey, Jarek!"
Un grognement, qui tourne en ronflement. Billy Dante soupire, et retire doucement de la main de son ami le verre qu'il serrait encore, comme si sa vie en dépendait.
Parfois, il regretterait presque de l'avoir introduit à la magie de l'alcool. Presque.

Ça faisait deux ans qu'il avait rencontré l'humain. Une mission avec une famille a buter; parents, grands-parents, oncles, tantes, quelques ados et enfants, un chien. Bref, pleins de gens, donc ils n'étaient pas trop de deux. Jarek avait bien fait son travail, il était pas trop mal foutu, et Billy avait réussi à sortir deux-trois lignes qui avaient fait effet. Normalement, ça aurait dû se finir dans un lit à deux, et puis bye-bye, on se reverra plus.
Sauf qu'à la place, après l'invitation à la taverne, Jarek n'avait commandé qu'un jus de fruit (un jus de fruit bordel), et y touchait à peine, son regard se perdant à l'horizon. Parfois, il déposait ses yeux sur Billy et faisait un oui de la tête, prétendant avoir écouté ce qu'il racontait. Et quand un type en est à ce point, ne pas lui filer un coup de main, c'était de la non assistance à personne en danger.
Donc, Billy lui avait offert un verre. De l'alcool, du bon. Le gars semblait d'abord hésitant, mais il était tellement éteint qu'il n'a fallu que quelques phrases types pour le convaincre. Trois heures plus tard, il laissait joyeusement Billy toucher ses tatouages avant de s'effondrer ivre mort dans son lit pour dormir.
Depuis, Billy Dante s'était juré qu'il ne lâcherait pas Jarek Flintlock facilement.

Le souvenir lui laisse un sourire à moitié amer. D'un côté, il ne regrette pas d'avoir laissé une chance à cette potentielle amitié, et d'avoir pu trouver quelqu'un qui partageait tous ses vices.
De l'autre, il n'avait aucune idée de comment vraiment gérer la profonde tristesse de son ami.

L'alcool aidait; quelques verres, et Jarek est capable de plaisanter et oublier tous ses problèmes. Mais quand ses effets partent, quand ils sont au cœur d'une mission, revient l'ombre brisée de l'homme. Il se referme, il contemple, parle peu. Il obéit mécaniquement aux ordres d'assassinat.
Donc maintenant, Jarek boit tout le temps. Et, en tant que son seul ami, quand l'humain va beaucoup trop loin, c'est Billy qui se charge de lui; de le ramener dans un lit, lui faire boire un peu d'eau pour que le lendemain ne l'assomme pas trop, de l'écouter et le rassurer quand il lâche une série d'informations sans queue ni tête qui lui tiennent étrangement à cœur. Et, parfois, d'avoir une petite session au lit quand il insiste.

La soirée avait bien commencé. Ils avaient fait un boulot ensemble, ils s'étaient bien marrés, avaient un peu flirté, et puis, d'un coup, Jarek s'était effondré. Normalement, il tient mieux l'alcool que ça. Il a dû se fatiguer, ce con.
Billy fait son travail d'ami; il soulève Jarek de sa chaise, passe un bras autour de sa taille, positionne un des bras de Jarek sur son épaule, et le transporte jusqu'à leur chambre (ça fait quelque temps maintenant qu'ils partagent un lit quand ils sont ensemble sur un job. Ça coûte moins cher, et la moitié du temps ça arrivait de toute façon naturellement). Il jette plus qu'il ne pose l'humain sur leur lit, et s'assied sur le bord à ses côtés.

"Tu fais chier, c'est toujours moi qui doit te porter."
Un bruit. Billy sourit.
"T'as encore exagéré, mon vieux. T'avais quelque chose à oublier?"
"Mag- ghufdr. Maggie."
Billy se fige.
"Ton flingue?"
"Hrrmg- nan."
Maggie, Billy la connaît. Ou plutôt, il connaît son importance pour Jarek. Il a souvent mentionné le nom dans des moments comme celui-ci, à moitié conscient, complètement bourré. C'est aussi comme ça qu'il appelle son arme de prédilection, et ça, ça veut souvent dire quelque chose.
"Quelle Maggie, du coup?"
"Elle."
Jarek pointe un doigt tremblotant dans une vague direction en face de lui. Personne, évidemment.
"Je la vois pas."
"C'est con, parce qu'elle est vachement jolie."
"C'est qui?"
"Ma femme. 'fin, non, pas vraiment. N'est pas marriés. Elle a d'jà un gars, mais il craint. C'est moi qu'elle aime mais on peut pas."

Billy a un petit pincement au cœur. D'accord, ils sont juste plan culs, mais ça fait quand-même mal d'entendre qu'il y a quelqu'un qu'il aime encore.

"Ah ouais?"
"Ouais."

Il laisse le silence prendre place.
Qu'est ce qu'il est censé dire, putain? Quelle idée de devenir potes avec un gars qui a évidemment des problèmes. Maintenant, Billy est censé le réconforter par rapport à une histoire d'amour qui a mal tourné, où Jarek est l'amant blessé.
"T'sais, Bil-" des bruits sans sens remplacent les mots. "Billy."
Il n'ose rien dire. Il sait qu'en parlant, Jarek perdra sûrement le fil.
"Billy. T'sais." Il essaie à nouveau. "J'ai un fils, t'sais."
Il se fige. Il est bourré à ce point?
"Sauf que bah. Le gamin, bah. Son père, c'est pas son père, piske c'est moi. Mais son père qu'est pas son père l'a appris, et il m'a ordonné de l'buter."
Bordel.
"Et du coup, j'y étais presk', et p'is bah. Sa mère - ma f- ma Maggie -, elle m'a fait m'arrêter. Et elle m'a dit de m'barrer, avec le p'tit. Sauver nos peaux, élever le machin loin de leur famille d'tarés. Du coup j'ai fait. Sauf qui m'ont cherché, et avec le gamin a nourrir, bah j'me suis fait attraper. Ils l'ont r'prit, et j'me suis fait arrêter pour trahison et d'autres trucs."
C'était trop.
"Y m'ont foutu dans des mines. J'avais un numéro et tout. J'étais censé y être à vie mais-"
"Jarek."
Et c'est comme si le sortilège s'était brisé.

Quelques clignements d'yeux, l'air un peu perdu. Comme si Jarek avait oublié où il était, à qui il parlait. C'est sûrement le cas.
Il pousse un grognement et se rassied péniblement.
"Un peu dégrisé, mon ami?"
"Trop. T'as un truc à boire?"
"Tu viens juste de te réveiller."
"Et? Depuis quand ça t'intéresse?"
Le problème, c'est qu'il a raison. Il a trop souvent encouragé son ami à boire, à s'amuser. C'est pas sa place de lui dire d'être sage, et malheureusement, il n'y a personne d'autre pour prendre ce rôle.
"Je vais te chercher un truc. Meurt pas de soif pendant mon absence."
"Au point où j'en suis, je promets rien!"

Mais quel con.

---

Billy Dante n'a jamais osé parler de ce que Jarek lui avait dit cette fois-là. Mais maintenant, quand il le voit dans un de ses moments déprimants, il peut trouver une explication. Et ça rend sa morosité encore plus dure à avaler.
Il aimerait pouvoir faire plus.
Il sait pas comment, donc il lui offre un autre verre.

---

Pour célébrer trois ans d'amitié, il a décidé de lui faire un cadeau. Un truc pratique, sans doute pas ce que le bon ami devrait lui offrir, mais Billy est le mauvais pote qui l'entraîne dans les mauvaises décisions, après tout. Et puis, c'est pas comme si Jarek allait arrêter de boire comme ça, donc autant lui éviter de dépenser tout son argent dans la boisson.

Le marchant est un gnome à l'air peu commode; il fait bien son travail, mais quiconque l'écoute durant la tâche l'entend se plaindre de tout, et surtout de la débilité du client et ses demandes.
C'est justement pour ça que Billy l'adore.
"Comment ça, tu veux une flasque sans fond qui est toujours remplie de l'alcool que la personne qui y boit veut? T'es conscient que c'est exactement le genre de trucs qui peuvent m'apporter des problèmes?"
"Comment un enchantement utilisé pour des sacs sans fond et un enchantement qui change le contenu d'un récipient sont censés te causer problème?"
"En étant utilisé pour créer un récipient a se bourrer gratos et sans limite. C'est pas techniquement interdit, mais lorsque tu vas inévitablement foutre la merde car t'as pas su modérer, ça va me retomber dessus."
"Déjà de un, c'est pas pour moi, de deux, depuis quand ça t'arrête?"
"Ça m'arrête pas, ça va juste te coûter beaucoup plus cher."
"Ouais, comme d'habitude quoi. J'ai cru qu'il y avait un vrai problème, moi."
Le marchand hausse des épaules.
"Si ça te chante. Je vais te préparer ça, revient la semaine prochaine."
"Pour deux enchantements?!"
"J'ai d'autres clients que toi, je te signale."
"Tu fais chier."
Le gnome ne prend même pas la peine de répondre, et se détourne de Billy pour reprendre son travail sur une commande qu'il juge plus urgente.

Le halfelin regarde les différents objets enchantés de l'échoppe. Des vêtements qui repoussent l'eau, des bijoux protecteurs, des objets aux enchantements peu utiles mais amusants... et, pour les personnes qui s'y connaissent, un mot de passe donne accès à des armes enchantées.
Souvent, on vient voir Dorain avec une commande en tête ; le prix est cher, mais c'est le seul qui accepte de tout faire sans poser de questions.
Un livre listant différents enchantements est accessible. Une belle technique pour pousser les clients à la commande. En le feuilletant, quelque chose attire l'attention de Billy.

"Dorain, tu peux rajouter un truc à ma commande?"
"Je peux toujours, mais tu sais que ça va te coûter."
"Ouais, ouais..."
Il laisse le gnome se tourner vers lui, et s'approcher lentement du livre pour voir l'enchantement que pointe Billy. En le voyant, il lève ses sourcils.
"Un apaisement d'émotions?"
"Ouais."
"T'es conscient que généralement je mets ça sur des trucs pour les parents avec des gosses insupportables, ou pour des nobliaux coincés dans une vie de merde, pas vrai?"
"Le gars a qui j'offre ça en a besoin, crois moi."
"Je veux bien, pour que tu lui offres un moyen de se bourrer sans fin. Surtout en y ajoutant un enchantement comme ça."
Billy ne lui répond pas. Ses pensées sont retournées sur Jarek, ses regards vides, ce soir où il n'arrivait plus à cacher ce qui parcourait ses pensées et en a trop révélé à son ami.

Le regard de Dorain s'adoucit. Il est rare de voir le halfelin aussi pensif; quoique ce soit qui le traverse, le sujet est sérieux pour lui.
"Allez je te l'ajoute. Et je vais commencer à bosser dessus maintenant, tu peux revenir dans deux jours."
Billy lui donne simplement un sourire très, très fatigué.

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Dix sept ans plus tard, après s'être perdus de vue pour trop longtemps, Billy et Jarek se retrouvent.
L'humain a toujours sa flasque, est toujours constamment alcoolisé. Mais désormais, il n'a plus l'air seul; et, surtout, Billy remarque que la douleur dans ses yeux semble avoir disparu.
Il préfère ignorer le sentiment que quelque chose ne tourne pas rond quand il le salue, et que son ami paraît ne pas le reconnaître.
Il est plus réconfortant de se dire que, enfin, Jarek Flintlock va mieux.

Notes:

J'avais envie d'écrire un petit truc, et le fait que la flasque de Jarek a un antidépresseur intégré et que c'est un cadeau de Billy Dante me tournait un peu en tête. J'ai même ajouté des trucs pour le potentiel passé de M'sieur Jarek, que j'avais aussi envie d'aborder.