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La cloche du lycée avait retenti depuis un moment, mais aucun des garçons n’avait bougé. Leur table habituelle, dans un coin du café bruyant en face de l’école, débordait de cahiers griffonnés, de gobelets vides et de blagues lancées à la volée.
— Sérieusement, Jimin, tu m’as ruiné cette fois-ci, râla Hoseok en se tenant le ventre. Tu crois vraiment que j’allais réussir à finir cette portion ?
— Hyung, tu as toujours les yeux plus gros que le ventre, ricana Jimin en agitant sa paille.
À côté, Jungkook, le plus jeune, riait en silence, son menton appuyé dans sa main. Les discussions banales, les chamailleries… c’était leur quotidien. Pourtant, il avait toujours ce besoin irrésistible de prouver quelque chose, d’affirmer qu’il n’était pas seulement « le petit dernier ».
— N’empêche, intervint-il d’un ton faussement nonchalant, moi je pourrais avoir qui je veux, quand je veux.
Ses hyungs se tournèrent vers lui, mi-amusés, mi-agacés par son air sûr de lui.
— Oh ? lança Namjoon, sceptique. Voilà que monsieur se prend pour Casanova.
— C’est même pas « se prendre », hyung, répondit Jungkook avec aplomb. C’est la vérité. Mon charme est… naturel.
Les rires fusèrent autour de la table. Seul Jimin, son éternel partenaire de provocations, plissa les yeux d’un air malicieux.
— Si tu es si confiant… pourquoi ne pas le prouver ?
— Hein ? Prouver quoi ?
— Fais tomber quelqu’un amoureux de toi.
Jungkook faillit s’étouffer avec son soda.
— Tu délires, Jimin ! On n’est plus dans un drama pour ados, là.
— Justement, rétorqua Jimin avec ce sourire en coin qui annonçait toujours un mauvais coup. C’est parfait. Allez, Golden Boy, montre-nous ton fameux charme.
Les autres s’étaient déjà penchés, curieux. La provocation avait trouvé son public. Jungkook agita les mains, secouant la tête.
— Non, ridicule. Je vais pas jouer avec les sentiments de quelqu’un.
Il voulait en rester là. Vraiment. Mais son orgueil, ce petit démon qui se réveillait dès qu’on remettait en doute ses capacités, l’empêchait de laisser tomber. Et Jimin, évidemment, le connaissait par cœur.
Le timing fut cruel : la clochette du café tinta et Taehyung entra. Sa silhouette familière illumina la pièce en un instant, comme si le décor tout entier lui servait de scène. Pull oversize beige, sourire tranquille, cette aura étrange et magnétique qui lui appartenait rien qu’à lui.
Jimin n’attendit pas une seconde. Il pencha la tête vers Jungkook et murmura, théâtral :
— Voilà ta cible.
Le cœur du maknae fit un bond ridicule.
— QUOI ?! Non mais t’es malade ?! Tae, c’est… Tae !
— Justement, répliqua Jimin en haussant les épaules. Si ton charme est si naturel, ça ne devrait pas être difficile, non ?
Les autres ricanaient déjà, flairant l’amusement à venir. Jungkook, piégé, sentit la chaleur lui monter aux oreilles.
Et comme si l’univers s’était ligué contre lui, Taehyung s’approcha de leur table à ce moment-là, un sourire paisible accroché aux lèvres.
— Salut, dit-il en tirant une chaise, ignorant la tension soudaine. Vous parliez de quoi ?
Un silence étrange s’installa. Jimin se racla la gorge, prêt à tout balancer, mais Jungkook lui lança un regard assassin. Pas question de laisser le secret s’échapper dès maintenant.
Il inspira profondément.
C’était ridicule. C’était un pari stupide. Mais… il ne pouvait plus reculer.
Alors, il força un sourire et lança d’une voix un peu trop assurée :
— Rien d’important. Mais dis, Tae… tu veux pas qu’on révise ensemble, demain ?
Les yeux de Taehyung s’arrondirent légèrement. Puis il éclata de rire, franc, lumineux, comme si on venait de lui raconter une blague.
— Toi ? Me proposer des révisions ? Ça doit être la fin du monde.
Les autres explosèrent de rire à leur tour. Jungkook, lui, sentit sa dignité s’effriter, mais il tint bon.
— Je suis sérieux ! protesta-t-il en croisant les bras. J’peux être un excellent tuteur, tu vas voir.
Taehyung secoua la tête, amusé, sans répondre tout de suite. Mais il avait ce petit sourire en coin… celui qui donnait toujours l’impression qu’il comprenait plus qu’il ne montrait.
Et Jungkook, malgré lui, sentit un nœud d’appréhension naître dans son ventre.
Le jeu venait de commencer.
Le lendemain, Jungkook s’était répété au moins cinquante fois qu’il allait gérer. Ce n’était qu’un pari, rien de plus. Un jeu. Alors pourquoi avait-il passé dix minutes de trop devant son miroir ce matin, à hésiter entre deux sweats noirs presque identiques ?
— Détends-toi, murmura-t-il pour lui-même en ajustant son sac sur son épaule. Ce n’est que Tae. Juste Tae.
Facile à dire.
La bibliothèque du lycée n’était pas vraiment son endroit préféré. Trop silencieuse, trop studieuse… mais Taehyung était déjà là, installé près de la fenêtre, la lumière douce du matin effleurant ses cheveux châtain. Il avait posé son menton dans sa main, l’air absent, comme s’il écoutait une mélodie que personne d’autre n’entendait.
Et Jungkook, en le voyant, sentit un truc bizarre : une seconde d’hésitation, comme si son cœur trébuchait.
Ridicule. Il secoua la tête et avança d’un pas décidé.
— Salut, lança-t-il en déposant son sac sur la table. Prêt pour ta séance spéciale avec le meilleur tuteur du monde ?
Taehyung releva les yeux, surpris, puis un sourire amusé étira ses lèvres.
— J’attends de voir, monsieur-je-sais-tout.
Leurs cahiers s’ouvrirent, les stylos grattèrent… mais rapidement, Jungkook réalisa que son plan avait un léger défaut : il était censé séduire Taehyung, mais comment le faire quand ce dernier passait son temps à lui poser des questions improbables ?
— Tu crois que les dinosaures auraient survécu s’ils avaient eu des vestes d’hiver ?
— Hein ?! Tae, concentre-toi, c’est une équation de physique, pas un documentaire Animal Planet !
Le plus âgé éclata de rire, la tête basculant légèrement en arrière. Jungkook resta figé un instant, distrait par ce son clair, avant de rougir et replonger dans ses notes.
— Tu sais quoi ? marmonna-t-il. Oublie. Tu veux pas juste… chanter un peu ? Ça t’aidera à retenir ?
— Chanter ? répéta Taehyung, intrigué. Tu veux que je transforme mes formules en chanson ?
Il le fit sans attendre, inventant une mélodie improbable sur la gravité. Jungkook ne put s’empêcher d’éclater de rire, étouffant le bruit dans sa manche.
La séance de révisions fut un désastre total côté scolaire… mais quelque part, Jungkook n’avait pas envie qu’elle se termine.
— Alors ? demanda Jimin le soir même, appuyé contre les casiers. T’as survécu à ton premier rendez-vous ?
— Ce n’était pas un rendez-vous ! protesta Jungkook. Et arrête de sourire comme ça.
Jimin haussa un sourcil, malicieux.
— Tu sais, j’ai pas besoin de beaucoup d’indices pour voir que tu kiffes déjà.
— Je… Non ! T’exagères. C’est un pari, rien d’autre.
Ses propres mots sonnèrent creux. Et ça l’agaça.
Les jours suivants, Jungkook trouva mille excuses pour traîner autour de Taehyung. Un café posé discrètement sur sa table de classe. Un bonbon qu’il glissait dans sa main entre deux cours. Un je t’accompagne dit trop rapidement pour laisser le temps de refuser.
Un soir, en rentrant, il remarqua le sourire curieux de Tae lorsqu’il prit la tasse chaude entre ses doigts.
— Tu fais toujours ça pour tes amis ?
Jungkook resta muet une seconde. Son cerveau cherchait une excuse. Sa bouche, elle, choisit l’évasion.
— Évidemment. Je suis… généreux, tu sais.
Mais son cœur battait plus vite que nécessaire.
Lors d’une sortie de groupe, l’ambiance était bruyante, colorée, saturée de musique. Les rires fusaient, les verres tintaient. Pourtant, Jungkook resta obstinément près de Taehyung, collé à lui sous prétexte de « veiller ».
— Tu me colles comme une ombre, remarqua Taehyung en haussant un sourcil.
— Je m’assure juste que personne ne t’embête.
— Depuis quand j’ai besoin d’un garde du corps ?
— Depuis… depuis toujours ? tenta Jungkook, maladroit.
Taehyung secoua la tête, amusé, mais son sourire s’adoucit.
Et ce fut à ce moment-là que Jungkook le vit. Pas seulement « Tae, son ami excentrique ». Non. À travers la vitre du bar, dans la lumière diffuse, il surprit son profil, la courbe délicate de son sourire, ses yeux brillants.
Une chaleur étrange lui serra la poitrine.
Il détourna les yeux immédiatement, troublé.
Quelques jours plus tard, Taehyung finit par le confronter.
— Pourquoi t’es différent avec moi, ces temps-ci ? demanda-t-il, le regard sérieux.
Jungkook sentit son estomac se nouer. Il aurait dû préparer une réponse.
— Différent ? Non, pas du tout. T’imagines des choses.
Taehyung fronça légèrement les sourcils, mais ne dit rien de plus.
Et Jungkook, lui, se haïssait presque de devoir mentir.
La vérité, c’est qu’il craquait. Chaque sourire de Taehyung, chaque geste un peu distrait, chaque mot bizarre qu’il prononçait… tout devenait un piège.
Un soir, il resta éveillé trop longtemps, pensant à cette façon qu’avait Tae de mordre son stylo quand il réfléchissait. À la fragilité dans ses yeux quand il parlait de son rêve de musique, de ses doutes.
Arrête. C’est un pari. Mais la voix dans sa tête sonnait de plus en plus faible.
Ce fut une nuit d’été, après une répétition tardive, que tout bascula un peu plus. Ils marchaient côte à côte dans les rues vides, leurs sacs ballottant. Taehyung, soudain sérieux, parla d’une peur ancienne , celle d’être toujours trop étrange pour les autres, de ne jamais être compris vraiment.
Jungkook sentit quelque chose se briser en lui. L’envie de tendre la main, de promettre qu’il serait toujours là, que lui comprenait. Ses doigts frôlèrent presque ceux de Taehyung, hésitant.
Il ne dit rien. Pas encore. Mais il savait déjà : ce n’était plus un jeu.
Et Jimin, évidemment, remarqua.
— Alors, toujours juste un pari ? souffla-t-il un soir, quand il surprit Jungkook fixer Taehyung avec une intensité qu’il ne contrôlait plus.
Cette fois, Jungkook ne répondit pas. Parce qu’il n’avait plus d’excuse.
Un soir, dans le dortoir, il s’approcha trop près. Taehyung riait d’une de ses bêtises, et soudain, Jungkook se retrouva à quelques centimètres de ses lèvres. L’envie d’embrasser fut si violente qu’il en eut le vertige.
Mais il se retint. Ses mains tremblaient presque.
— Tu es bizarre, souffla Taehyung, sans se reculer pour autant.
Jungkook rit nerveusement.
— Toi plus encore.
Et pourtant, quand il se coucha ce soir-là, il sut qu’il n’y avait plus de retour possible.
Ce n’était plus « Le Pari ». C’était son cœur.
L’été s’étirait paresseusement, et avec lui les journées passées ensemble. Jungkook s’était habitué à cette routine étrange : chercher le regard de Taehyung, rire à ses blagues absurdes, marcher à son rythme même quand tout le monde les dépassait.
Il savait qu’il se perdait. Mais tant que personne ne prononçait les mots « pari », il pouvait continuer à faire semblant.
Ce fut une remarque de trop qui fissura la bulle.
Un après-midi, alors qu’ils traînaient tous au gymnase, Jimin lança, moqueur :
— Dis donc, Jungkook, ton plan marche mieux que prévu.
Taehyung, qui buvait tranquillement sa bouteille d’eau, leva la tête.
— Ton plan ? répéta-t-il, intrigué.
Jungkook eut un sursaut intérieur.
— Rien, dit-il trop vite. Il blague.
Mais l’étincelle de doute était plantée.
Quelques jours plus tard, le piège se referma.
Taehyung revenait chercher un carnet oublié dans la salle de musique. La porte était entrouverte. Il s’approcha en silence, prêt à entrer, mais s’arrêta net en entendant des voix.
— Avoue, Jungkook, dit Jimin en riant. Tu devais juste gagner un pari, et maintenant tu fais quoi ? Tu fonds carrément pour lui !
Le silence qui suivit sembla durer une éternité. Puis la voix de Jungkook, basse, hésitante :
— Je… je sais. Mais je peux plus reculer, hyung.
Le cœur de Taehyung se serra violemment. Les mots se bousculaient dans sa tête. Pari. Jeu. Tout n’avait été qu’un mensonge ?
Il recula d’un pas, le souffle coupé, la gorge brûlante. Le cahier glissa de sa main et tomba dans un bruit sourd.
À l’intérieur, Jungkook et Jimin se figèrent. La porte s’ouvrit.
Taehyung se tenait là, les yeux écarquillés, le visage livide.
— Tout ça… murmura-t-il d’une voix tremblante. C’était un JEU ?
— Tae… Attends, je peux expliquer—
— Expliquer QUOI ? explosa-t-il. Que je suis ton divertissement préféré ? Ton trophée ?
La colère vibrait dans sa voix, mais derrière, Jungkook percevait la douleur, bien plus tranchante.
— Non ! s’écria-t-il, les mains levées. Au début… oui, c’était un pari, mais après—
— Après quoi ? Tu t’es dit que je faisais un bon passe-temps ?
Les larmes montèrent aux yeux de Taehyung. Il secoua la tête, comme pour chasser l’image insupportable. Puis il tourna les talons et quitta la pièce, le pas rapide, presque en fuite.
— Taehyung ! appela Jungkook en courant derrière lui. Attends !
Mais Tae ne se retourna pas.
Le couloir lui parut interminable. Jungkook s’arrêta, haletant, ses mains tremblant. Son esprit se brouillait. Comment en était-il arrivé là ?
Il revit tous leurs moments : les rires, les confidences, ce presque-baiser… Et maintenant, tout s’écroulait.
Jimin, resté en arrière, soupira, la culpabilité marquant son visage.
— Jungkook… je suis désolé. J’aurais pas dû en parler comme ça.
Mais le maknae secoua la tête, les yeux brillants.
— C’est pas toi. C’est moi. C’est… tout ce que j’ai gâché.
La nuit suivante, Jungkook resta seul dans sa chambre, incapable de trouver le sommeil. Chaque fois qu’il fermait les yeux, il revoyait l’expression de Taehyung : ce mélange de colère et de blessure.
Il se haïssait.
Comment avait-il pu croire, ne serait-ce qu’une seconde, que ce jeu n’aurait pas de conséquences ?
Il avait voulu prouver quelque chose. Il avait fini par briser la seule personne qu’il voulait protéger.
De son côté, Taehyung errait dans sa chambre, les rideaux tirés, le cœur en vrac.
Il avait toujours cru que Jungkook le voyait vraiment, qu’il n’avait pas à jouer un rôle pour exister à ses yeux. Mais si tout avait commencé par un pari, alors chaque sourire, chaque geste tendre… était-ce du mensonge ?
Il passa une main tremblante sur son visage, les larmes roulant librement.
— Idiot, murmura-t-il. J’ai cru que tu étais différent.
Les jours qui suivirent furent lourds, étouffants. Jungkook ne savait plus comment approcher Taehyung, qui l’évitait systématiquement. Les repas de groupe étaient devenus un supplice : leurs regards se croisaient à peine, et quand ça arrivait, Tae détournait aussitôt les yeux.
La distance était pire qu’une dispute. C’était un mur.
Un soir, en rentrant, Jungkook craqua. Il s’écroula sur son lit, les bras couvrant son visage, et un sanglot rauque échappa de sa gorge. Il ne pleurait presque jamais. Mais là, il avait perdu. Pas le pari — non, bien pire. Il avait perdu Taehyung.
Pendant ce temps, Taehyung tentait de recoller les morceaux de son cœur. Mais rien n’y faisait : chaque souvenir revenait avec une force cruelle. La façon dont Jungkook riait en cachette à ses blagues, le café chaud posé devant lui, cette douceur dans ses yeux quand il croyait qu’il ne regardait pas…
« Et si tout ça avait été vrai ? » soufflait une voix en lui. Mais il refusait d’y croire. Croire, c’était souffrir encore.
Alors il se convainquait : ce n’était qu’un jeu. Il n’était qu’un pari.
Et pourtant, la douleur ne disparaissait pas. Parce que quelque part, une part de lui voulait désespérément que Jungkook vienne lui dire le contraire.
Un soir, la tension éclata à nouveau. Ils se retrouvèrent face à face dans le couloir désert.
— Tae, supplia Jungkook. Donne-moi une chance d’expliquer.
— Il n’y a rien à expliquer, répliqua-t-il, froid. Tout est clair.
— Non ! s’écria Jungkook. Tu ne comprends pas. Oui, ça a commencé comme un pari, mais après… je me suis perdu. Je voulais juste être près de toi, même si c’était idiot, même si—
— Assez ! coupa Taehyung, la voix brisée. Tu crois que ça change quoi ? Tu as joué avec moi, Jungkook. Tu m’as fait croire à quelque chose… et maintenant je me sens pathétique.
Jungkook resta figé, incapable de trouver les mots.
Et Taehyung s’éloigna à nouveau, le laissant seul avec son silence.
Cette nuit-là, Jungkook comprit qu’il ne pourrait plus se cacher. Qu’il devait se battre, non plus pour un pari, mais pour la vérité. Pour eux.
Il ne savait pas encore comment. Mais il savait qu’il ne supporterait pas de perdre Taehyung sans avoir tout avoué, sans avoir crié ce qu’il ressentait réellement.
Le silence s’était installé entre eux comme une barrière invisible. Jungkook le sentait chaque fois qu’ils étaient dans la même pièce : ce vide, lourd, insupportable.
Et plus le temps passait, plus il avait peur. Peur que Taehyung s’éloigne définitivement.
Un soir, incapable de supporter une seconde de plus, il se leva brusquement, attrapa sa veste et sortit. Le ciel nocturne était lourd, chargé de nuages. Ses pas résonnaient dans la rue vide. Il n’avait qu’une idée en tête : retrouver Taehyung.
Il le trouva dans un parc, assis seul sur une balançoire. Ses épaules semblaient frêles dans la lumière des lampadaires, ses mains serrées sur les chaînes.
Jungkook s’approcha lentement, le souffle court.
— Tae…
Taehyung leva les yeux. Son regard était dur, mais ses pupilles brillaient d’émotions contenues.
— Qu’est-ce que tu veux encore, Jungkook ? N’as-tu pas assez joué ?
Ces mots frappèrent comme un coup de poing. Mais Jungkook ne recula pas. Il s’agenouilla presque devant lui, les mains tremblantes.
— Je sais que je n’ai aucune excuse. Oui, c’était un pari. Mais dès la première seconde où tu as ri de ma bêtise, dès que tu m’as regardé avec tes yeux… tout a changé.
Taehyung détourna la tête.
— Facile à dire.
— Ce n’est pas facile, répliqua Jungkook d’une voix brisée. C’est la vérité. Je ne dors plus, je pense à toi tout le temps. Pas parce que je dois gagner un pari, mais parce que… je t’aime.
Le mot résonna entre eux, brutal, nu, irréversible.
Le silence tomba. Seuls les grincements de la balançoire se faisaient entendre. Taehyung avait les lèvres entrouvertes, comme figé.
— Tu crois que je peux te croire ? demanda-t-il enfin, la voix tremblante.
Jungkook serra les poings.
— Je ne te demande pas d’oublier. Je ne te demande pas de me pardonner tout de suite. Mais regarde-moi, Tae. Regarde mes yeux. Tu vois bien que je mens pas.
Taehyung plongea son regard dans le sien. Ce qu’il y trouva le désarma : une sincérité brute, presque douloureuse.
Ses larmes montèrent malgré lui.
— Tu m’as fait tellement mal…
Jungkook sentit son propre cœur se fissurer.
— Je sais. Et je m’en veux plus que tu ne pourras jamais l’imaginer. Mais laisse-moi réparer. Laisse-moi t’aimer pour de vrai, cette fois.
Un long silence s’étira. Puis, lentement, Taehyung se leva. Ses yeux fixaient Jungkook, emplis de contradictions. Colère, douleur, mais aussi… une lueur fragile d’espoir.
— Promets-moi, souffla-t-il. Promets-moi que plus jamais je ne serai un jeu.
Jungkook attrapa doucement sa main, la tenant contre son cœur qui battait à tout rompre.
— Je te le jure. Plus jamais un jeu. Plus jamais de pari. Juste toi. Juste nous.
Les larmes roulèrent sur les joues de Taehyung. Il hésita une seconde de plus… puis ses bras entourèrent brusquement la taille de Jungkook.
Ce dernier resta figé, le souffle coupé, avant de l’enlacer à son tour, de toutes ses forces.
Leurs corps tremblaient, mais dans cette étreinte, il n’y avait plus de doute.
Quelques secondes, quelques minutes, ou peut-être une éternité plus tard, Taehyung murmura contre son épaule :
— Je te déteste… parce que tu as réussi à me faire tomber amoureux malgré tout.
Jungkook rit faiblement, les larmes brouillant sa vue.
— Alors déteste-moi pour toujours, si ça veut dire rester avec moi.
Taehyung recula légèrement, ses yeux brillants à travers ses mèches humides. Et sans prévenir, il posa ses lèvres sur les siennes.
Fin
